La punition est- elle incontournable en éducation ?

Il m’est arrivé d’observer des enfants qui, une fois la bêtise faite, se mettaient au coin tous seuls … puis recommençaient aussi vite une fois la sanction levée. Comme si la punition effaçait tout et qu’ils pouvaient reprendre leurs activités comme si de rien n’était ! Rien de très éducatif dans cette démarche.

A quoi sert la punition ?

Skinner (1) , fondateur du béhaviorisme radical disait ceci à propos de la punition : « La punition n’apprend qu’une chose : à éviter la punition ». Beaucoup de tenants de la punition se réclament des théories behavioristes et disent qu’un comportement souhaité doit être renforcé positivement jusqu’à ce qu’il soit acquis et qu’un comportement non souhaité doit être renforcé négativement jusqu’à ce qu’il disparaisse. C’est sans doute vrai pour les rats (et encore les expériences et l’évolution naturelle semblent montrer que non), mais pas du tout pour les êtres humains !

Quelles sont les conséquences de la punition ?

« La carotte et le bâton sont des stimulants persuasifs et fréquemment utilisés. Mais traitez les gens comme des ânes et ils se comporteront comme des ânes … » John Whitmore.

Utiliser punition et récompense est efficace … à court terme. Mais lorsque je punis ou je récompense, je conditionne … et j’apprends à l’enfant (ou à l’adulte) à réagir en fonction de son envie de la récompense ou de sa peur de la punition. Je lui apprends donc à raisonner par rapport à lui-même, par rapport à ses envies propres, non par rapport à son impact sur les autres, ni aux conséquences globales de ses actes …
Skinner affirmait également que les punitions produisaient trois effets : la fuite (évitement, absence), la contre-attaque (vandalisme et agression), l’apathie.

Que dire des enfants qui contestent la punition ?

Ceux qui refusent d’aller au coin, en sortent vite fait, ceux qui râlent et pestent, voir se rebellent vertement contre la punition, genre « c’est pas juste ! » ou qui rejettent la faute sur les autres – « c’est pas moi, c’est lui !».
Les ateliers « Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour qu’ils parlent », disent à propos de la punition :
« La punition ne décourage pas l’inconduite. Elle ne fait que rendre le coupable plus prudent dans l’accomplissement de ses crimes, plus adroit à dissimuler ses traces, plus habile à éviter qu’on le détecte. Quand un enfant est puni, il prend la résolution de devenir plus prudent, non celle de devenir plus honnête et plus responsable. »

Dans quel but je punis ?

Quand on punit, c’est généralement dans une intention éducative, c’est-à-dire que l’on veut que son enfant comprenne que telle ou telle comportement n’est pas acceptable pour soi ou dans un cadre bien précis. On ne souhaite pas qu’il commence à nous mentir.
Or, tout se passe comme si la punition en elle-même détournait l’attention de l’enfant du processus de réflexion sur l’acte commis. L’enfant se met à se rebeller contre celui qui le punit, le jugeant injuste. Il commence alors à chercher comment éviter d’être puni plutôt qu’à éviter de faire ce qui lui a valu la punition …

Cette citation de Christophe André résume bien les choses en disant :
« La punition sert (éventuellement) au maintien de l’ordre, non à créer une ambiance psychologique de motivation au changement personnel.»

Alors que ce que l’on cherche généralement, c’est à provoquer un changement chez l’enfant : on a envie qu’il comprenne que son comportement n’est pas acceptable dans ce contexte, qu’il intègre un certain nombre de valeurs (ordre, politesse, respect, non-violence, …).
Mais si on le punit, on fait respecter sa conception de l’ordre et on ne le met pas dans une dynamique de changement et de réflexion sur son comportement.

Comment faire sans punition ni récompense ?

Toute la question est alors (non plus de contraindre) mais d’influencer positivement, de donner envie, de susciter le changement chez l’enfant.
Nous devons alors savoir apprécier, donner des retours positifs, savoir encourager, réfléchir à comment on fait passer son message plutôt que de rester sur ses positions, comprendre, se mettre à la portée …

Un autre point important est de sensibiliser l’enfant aux conséquences de ses actes sur les autres. Cela revient à stimuler son empathie. Se mettre à la place de l’autre. Cette compétence innée, mise à mal par la société de consommation et de compétition dans laquelle on vit, produit aujourd’hui bien des dérives, génératrice de dysfonctionnement entre les personnes. L’indifférence à la souffrance de l’autre, le manque d’attention, l’égoïsme…
Reconnecter, son empathie, réfléchir et poser des « actes réparateurs » pour compenser le malaise produit… une autre façon d’envisager l’acte éducatif.
A méditer…le travail en ce sens demande à être approfondi, enrichi par les expériences de tous. N’hésitez pas à partager vos propres réflexions et pratiques sur ce sujet.

 

[1] Skinner est le fondateur d’une théorie( le behaviorisme radical) qui pense que les comportements humains peuvent être modifiés par la répétition de stimulus positifs ou négatifs.

Photo via Visual Hunt

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