Hyperactivité, le mal du siècle

Je trouve ce court métrage sur l’hyperactivité créé par Adrien Honnons !  très intéressant.

Il décrit bien la détresse des enfants qui en sont atteints. Ils sont souvent rejetés et considérés comme indésirables dans l’institution scolaire. Leur comportement agité mais aussi les difficultés de concentration qui en découlent rendent difficiles les premiers apprentissages.  L’échec scolaire peut poindre son nez dès le cours préparatoire.

D’autre part, les enfants hyperactifs suscitent souvent l’agacement et la colère de l’entourage, ce qui ne fait qu’augmenter leur niveau de stress .

La Ritaline est alors souvent pointée comme le remède miracle à ce type de problématique. J’aime la position nuancée qui est adoptée à ce sujet dans cette présentation.

Un cadre clair, protecteur, apaisé serait l’option la plus favorable à une intervention durable et résolutoire. Je partage tout à fait cette position.

Je compléterai cet apport par une réflexion personnelle et approfondie sur l’hyperactivité. ( tiré de mon livre «  Pour une éducation apaisée »)

Hyperactivité ? Mal du siècle ?

Pour commencer cette présentation, je prendrais un exemple tiré de ma pratique de psychopédagogue :

Rémi est un gentil garçon de 14 ans, poli et réservé. Il écoute patiemment ses parents parler de « son problème ». Leur inquiétude ne se dissimule pas.  Ils ne savent plus quoi faire, parlent d’impuissance à se faire entendre par leur fils. « L’école c’est important », « il faut que tu sois sérieux et attentif », « quand vas-tu comprendre ? » Une certaine agitation emplit la pièce. Visiblement le couple n’est pas d’accord sur les interventions à adopter.  Le père a quitté l’école après la troisième, classe dans laquelle se trouve actuellement son fils. Il exprime à demi-mots que cela ne l’a pas empêché de réussir. J’entends de sa part, une certaine « permission » donnée à Rémi de ne pas réussir ses études. La mère quant à elle, semble regretter le manque d’autorité de son mari, qu’elle qualifie de « père copain ».

Ils évoquent ensemble la visite d’un médecin généraliste qui a conseillé la prescription d’un médicament « efficace » contre l’agitation de Rémi : la Ritaline. Cependant, l’idée de « droguer » leur fils ne leur convient pas. C’est pour cette raison qu’ils viennent me voir aujourd’hui…. Espérant avoir quelques recettes « rapides et efficaces » à pouvoir mettre en œuvre.

 Seule avec Rémi, je l’écoute parler de « son problème » ; Il se présente spontanément comme « hyperactif. » Un terme dont il ne saura pas me donner le sens mais qui, pour lui, justifie ses difficultés à l’école. Quand je dis justifie, c’est à bon escient. En effet, une telle qualification peut servir de bouclier pour la durée de la scolarité. « Je ne peux pas réussir car je suis hyperactif… ».

Je suis aujourd’hui convaincue que la qualification du symptôme a une influence sur l’apparition ou le maintien de celui-ci. J’observai Rémi durant notre entretien. Il était calme et posé. Aucun signe d’agitation et une capacité à s’exprimer clairement. Quelle serait donc cette hyper activité qui choisirait ses lieux d’expression ?

Un peu d’histoire :

Depuis quelques années, on assiste à une inflation du diagnostic d’hyperactivité, alors que ce terme était inconnu il y a 10 ans.  Le 13 février 2015, la Haute Autorité de Santé (HAS) a rendu publique un rapport incitant les médecins à reconnaître et utiliser le diagnostic d’hyperactivité.  Le terme exact employé devient alors : « Trouble Déficitaire de l’Attention avec ou non Hyperactivité ». (TDAH)

A partir de cette validation aux Etats Unis, en Australie, au Canada, le nombre des cas diagnostiqués s’est développé considérablement. Il faut savoir que les campagnes de promotions appelant au diagnostic et au dépistage de l’hyperactivité sont financées par les laboratoires qui produisent la Ritaline ! Nous assistons à une véritable opération de manipulation médiatique, avec de généreuses retombées financières. Aux Etats-Unis, le chiffre d’affaire des médicaments vendus pour lutter contre le TDAH est passé de 40 millions de dollars il y a 20 ans à 10 milliards aujourd’hui ! Cela laisse songeur !

La démonstration alors utilisée est simple, basée sur une vision de la psychiatrie exclusivement biologique qui repose sur trois principes :[1]

  1. Tout comportement hors norme est un trouble psychiatrique.
  2. Tout trouble psychologique est d’origine cérébrale et est dû à un déséquilibre chimique.
  3. Il faut réparer ce déséquilibre grâce à un médicament.

Cette approche s’inscrit dans un désir de solutions rapides. L’origine cérébrale déculpabilise. L’utilisation du médicament permet de masquer les responsabilités politiques, sociales, pédagogiques, éducatives et familiales. Tout est fait pour endoctriner le public afin qu’il adhère à cette « psychiatrie biologique » et qu’il devienne captif et consommateur.

J’invite incessamment les parents à reprendre confiance en eux et en leur(s) enfant(s). Le TDAH est une construction sociale. Le symptôme existe, les enseignants sont les premiers à le constater, mais de là à l’ériger en maladie, une vraie réflexion s’impose. La Ritaline est un médicament qui fait partie de la famille des amphétamines, et dont les effets sont assimilables aux effets de l’alcool. Il peut y avoir un soulagement provisoire, mais pas de processus de guérison. Certains médecins vont jusqu’à affirmer, que si l’on ne dépiste pas le TDAH durant l’enfance, les adolescents concernés ont de plus grands risques de devenir toxicomanes ! Autrement dit, on donne des amphétamines à un enfant de 7 ans pour éviter qu’il ne se drogue à 17 ans ?

Retrouvons notre capacité de penser par nous-même et faisons marcher notre bon sens !

La confiance en nos enfants doit prédominer sur la médicalisation des symptômes. Nos enfants sont normaux. Ils peuvent être perturbés par un rythme trépidant qui les affecte, un stress omniprésent à la maison, la peur d’échouer à l’école, une autorité parentale defectueuse…

Il ne s’agit d’accuser personne, mais de passer de la faute à la responsabilité. L’analyse du problème doit se faire en famille dans le cadre d’une thérapie si cela s’avère nécessaire, afin de découvrir les causes occasionnant l’agitation de l’enfant. Il n’y a pas de règles universelles et les origines de cette manifestation peuvent être multiples.

Pour ne parler que d’une cause possible à ce symptôme, j’évoquerai l’exposition prolongée des enfants aux écrans en tous genres. Une recherche approfondie sur la question a été récemment réalisée par la célèbre académie de pédiatrie aux USA. (American Academy of pediatrics en 2014).

Elle indique aux parents 4 règles majeures à respecter :

  • Proscrire la TV et les jeux vidéo de la chambre
  • Interdire les écrans aux enfants de moins de 2 ans
  • Etre toujours avec l’enfant quand il regarde la TV
  • Limiter le temps total d’exposition aux écrans (tous confondus) à 1 ou 2 heures par jour.

En appliquant ces mesures simples, le taux d’hyperactivité baisserait déjà immédiatement chez beaucoup d’enfants. Le bon sens peut nous permettre d’accorder un crédit à cette proposition !  Un cadre posé contient l’enfant et lui permet d’apprendre à faire des choix et à se concentrer sur un objectif en sachant dire « NON », à ce qui provoque sa dispersion. Sans oublier l’importance de l’activité physique en plein air qui favorise, à travers des plaisirs sains et naturels, l’évacuation du surplus d’énergie dont les enfants disposent.

La famille de Rémi cherchait des solutions rapides et je n’ai malheureusement pas pu poursuivre le travail avec eux. La position souvent contradictoire qu’ils adoptaient, participait certainement en grande partie du symptôme de leur fils.

Par exemple, à l’énoncé de ses résultats scolaires insuffisants, la mère se disait « angoissée » et le père « amusé » D’autre part, en dehors du cadre strictement familial, l’échec vécu à l’école n’est jamais vécu sereinement.  Il provoque une altération de l’estime que l’enfant se porte et peut être compensé par une attitude agitée, pour se faire remarquer ou tout simplement pour passer le temps, là où l’ennui s’installe.

J’ai remarqué également dans mes entretiens avec de jeunes adolescents, l’impact croissant de la croyance suivante : « Je dois savoir immédiatement », qui leur fait abandonner tout effort dès l’apparition d’une difficulté, qui demanderait simplement un peu de persévérance pour être surmontée. Toutes ces pistes auraient pu être explorées avec Rémi, mais ses parents étaient en quête d’une solution rapide ! Similitude troublante…

Pour conclure, je dirais que lorsqu’un enfant présente un comportement inadapté, il existe de nombreuses pistes à explorer avant de passer à la médication !

L’hyperactivité n’est qu’un symptôme dont il faut trouver la cause.

Pour cela, une réflexion globale sur l’environnement, les proches, l’histoire de la famille peut permettre de retrouver le calme et la sérénité, indissociable de l’épanouissement de chacun.  Pour cela, il est nécessaire de trouver les zones d’insécurité de l’enfant, les apaiser, afin qu’il reprenne tranquillement le cours de sa vie. L’apport de la ritaline peut selon moi, se concevoir dans certains cas d’agitation extrême, dans l’esprit d’une transition à accompagner,  jamais de façon durable !

 

 

[1] Patrick Landman ,  Tous hyperactifs , Albin Michel, 2015

Violences à l'école, exclusion, conseil de discipline

La sentence du conseil de discipline est tombée avant les vacances. Kévin, 11 ans est exclu de son collège pour insultes et faits d’agression répétés sur ses camarades, c’est les violences à l’école.

 

Où se trouve la violence ?

Cet enfant porteur d’un mal être qui perturbe ses rapports aux autres, n’a pu être aidé.

Il est rejeté vers un autre établissement, comme si cet acte pouvait résoudre ses problèmes relationnels. Il passera peut-être comme certains enfants, de collège en collège jusqu’à ses 16 ans, signant ainsi la fin de la scolarité obligatoire. Et après qu’adviendra-t-il ? Délinquance ? Alcoolisme ? Dépression ? Violence toujours….

 

Où se trouve la violence ?

Pourtant, Kévin n’était pas un « enfant irrécupérable ». Il demandait de l’aide : « Je sais que je me suis mal comporté…j’ai envie de changer, mais je n’y arrive pas ! »

Il avait besoin des autres pour construire l’estime de lui-même. Le dispositif de la réussite éducative, présent dans le collège, prévoyait d’installer au sein de sa classe une organisation de « vigilance coopérative ». Six enfants reçus dans mon bureau le matin du conseil de discipline, exprimaient de concert ne pas souhaiter le renvoi définitif de leur camarade. Juste un avertissement, le signal d’une limite à ne pas dépasser !

Ils étaient d’accord pour l’aider et s’organiser ensemble pour cela. Ils avaient déjà quelques idées…

Des soins extérieurs étaient programmés avec une thérapeute qui allait s’occuper des « mémoires traumatiques » qui faisaient obstacle à la construction d’une socialisation adaptée.

Mais la sentence est tombée, implacable, sans concertation.

 

Où se trouve la violence ?

J’affirme qu’avant d’exclure un enfant dysfonctionnant, il y a des options à tenter, et prioritairement un travail au sein du groupe classe, avec les autres ! Un enseignement de gestion de conflits, des émotions et une attitude coopérative pour résoudre les problèmes.

N’est-il pas temps d’apprendre aux enfants à vivre ensemble, en se sentant concerné par chacun des membres qui compose le groupe. Notre bonheur ne peut pas exister dans une bulle, séparé des autres. Nous sommes tous reliés. Nier la souffrance qui s’exprime autour de nous nous expose à l’apparition de grandes violences, déjà présentes et à venir.

Tous les êtres humains ont besoin de sécurité, de dignité et d’amour. Sans cela, ils s’affaiblissent, tombent malades ou expriment de la violence comme ultime tentative d’un désespoir qui ne peut se dire.

                                                            

Où se trouve la violence ?

L’école doit préparer les jeunes à « bien vivre ensemble ». Si les moyens déployés ne fonctionnent pas, on peut alors considérer, que le problème dépasse le cadre scolaire et que l’enfant a besoin d’une structure adaptée. Mais avant cela, faisons confiance au pouvoir réparateur du groupe.

 

Et si nous nous inspirions de la pensée de Saint Exupéry ?

 

« Etre homme c’est précisément être responsable. C’est connaitre la honte face d’une misère qui ne semble pas dépendre de soi. C’est être fier d’une victoire que des camarades ont remportée. C’est sentir en posant sa pierre que l’on contribue à bâtir le monde »

 

Alors, quel monde souhaitons-nous pour nos enfants ?

Il est temps de nous poser la question quant aux violences à l’école !

Apprendre sans peur…c’est plutôt naturel !

Il n’y a qu’à observer un jeune enfant qui explore son environnement. Il peut inlassablement répéter un geste, se relever après une chute dix fois, vingt fois, réessayer jusqu’à ce qu’il arrive à vaincre la difficulté. S’il est laissé à son exploration tranquille, aucun pleur, aucun découragement ne seront perceptibles. Juste une concentration intense et l’envie d’atteindre son but, apprendre .

Apprendre confronte l’enfant au vide, à l’incertitude. Il est ramené à lui-même et sollicité dans sa capacité à chercher avec confiance, des solutions au problème qui se pose à lui.

Pour cela il a besoin de s’appuyer sur une sécurité interne et externe.

La sécurité externe concerne deux points essentiels

  1. La bienveillance avec laquelle les adultes peuvent entourer les conduites d’apprentissage (intellectuelles, motrices…) de l’enfant

. Pas de critiques humiliantes « tu n’es même pas capable de faire une phrase correcte ! », d’agacement, parce qu’il ne comprend pas tout de suite « alors…t’es bouché ou quoi, c’est pourtant pas compliqué ? », d’attentes « pourvu que tu aies une bonne note à ce contrôle ! » de dévalorisations « quand je pense que ça fait trois fois que je te répète cette règle de grammaire, t’as un problème ! », de rejet « Je laisse tomber, tu ne comprends rien ! », de règles rigides «  tu vas travailler même si tu n’as rien à faire ! »

  1. Cela parle aussi du climat à instaurer dans une classe, afin que les enfants se respectent, s’encouragent, travaillent ensemble dans des processus coopératifs et non dans la compétition et les moqueries ; dans une fratrie en veillant à ce que chacun ait sa place et soit entendu.

La sécurité interne se construit lorsque les 5 principes suivants sont activés :

  1. Si l‘enfant a pu au cours de son développement, faire ses expériences de découverte du monde, en étant encouragé à se « détacher » peu à peu de la relation symbiotique avec sa mère.

Dans le cas contraire, une éducation surprotectrice l’ empêche de se confronter à l’inconnu « laisse, tu ne sais pas le faire, je m’en occupe »,et  occasionne probablement un abandon. L’enfant fera demi-tour devant l’épreuve qui se présente à lui, car il pensera ne pas avoir les ressources suffisantes pour la surmonter.

  1. S’il a été encouragé à exprimer son ressenti, ses doutes, ses joies au travers de ses expériences.

Mais, si par manque de temps, d’attention, de capacités des parents à parler de leurs propres ressentis, l’enfant n’est pas encouragé à mettre des mots sur sa vie intérieure. Il perdra confiance en ses capacités, se décentrera en s’adaptant à ce qu’il pense être bon pour lui, en se modélisant sur les adultes qui l’entourent. Une absence de mots empêche la pensée de se structurer. Or c’est une condition essentielle au « bien apprendre »

  1. S’il a été valorisé pour ses succès et consolé pour ses échecs

En d’autres termes, s’il a reçu assez d’amour de la part de ses parents, il se construira un monde intérieur où il aura acquis les ressources nécessaires pour s’encourager, se consoler lui-même face aux difficultés de la vie.

  1. S’il a été contenu dans ses pulsions par des règles protectrices bienveillantes lui permettant d’expérimenter la frustration

A l’inverse, si l’éducation n’a pas su contenir les pulsions de l’enfant, l’absence de tolérance à la frustration provoquera un abandon face à tout apprentissage qui demande du temps, des règles à suivre, de la répétition et une avancée lente par « essais erreurs ».

  1. S’il n’a jamais ressenti de terreur face à ses parents ou autres figures d’autorité

Alors que dans le cas contraire, l’enfant risque d’être parasité par une mémoire traumatique. Ce point est souvent méconnu. Aujourd’hui, grâce aux travaux de Muriel Salmona sur les conséquences d’une mémoire traumatique, on sait qu’un stress intense, né de terreurs ressenties par l’enfant (violences physiques, verbales, abandon…), provoque des modifications internes d’ordre biologiques et neurologiques, qui persistent au-delà du traumatisme. Les conséquences peuvent se traduire par un hypercontrôle pouvant créer un état d’agitation permanent, des troubles de l’attention, un seuil plus élevé de sensibilité à la douleur, des conduites à risques, des pratiques addictives…et cela pour toute la vie !

(Rassurez-vous ! Il existe des techniques de libération des mémoires traumatiques, j’en parlerai plus précisément dans mon prochain article.)

 

En résumé, si ces points sont respectés ou restaurés, l’enfant abordera le « risque d’apprendre » sans peur, guidé par un enthousiasme qui le poussera naturellement à découvrir l’inconnu.

« La motivation à apprendre est comme une flamme, née avec le premier souffle de la vie. On peut l’aviver en l’alimentant de combustible et d’oxygène (les encouragements, la bienveillance). On peut aussi l’éteindre en la soumettant à un trop grand vent (la contrainte) ou en l’arrosant avec de l’eau froide (la dévalorisation, la violence) »

Marie-Pierre Lescure, Pour une éducation apaisée, ed Chronique sociale.

 

 

 

Photo by Josh Applegate on Unsplash

Une école pour affronter les défis du monde actuel

L’école est une chance pour les enfants, mais…. Elle devrait être un lieu d’épanouissement pour tous !

Le modèle d’école d’aujourd’hui est encore fondée sur la compétition, la performance et l’individualisme.

Cette façon de concevoir l’enseignement participe aux dérives que l’on constate de nos jours (la destruction des ressources naturelles au profit d’un « toujours plus d’argent » …, l’exclusion d’une marge importante de l’humanité, la surconsommation d’anti dépresseurs des « pays riches » …

Comment peut-on aider nos enfants à apprendre sans peur et à affronter les défis du monde actuel avec confiance et enthousiasme ?

Dans cet objectif, je pense qu’il est urgent d’introduire la psychologie dans les programmes scolaires de l’école. Psychologie, comprise comme l’étude du comportement humain !

Deux raisons majeures à cela :

  1. Il faut permettre aux enfants « d’apprendre à se connaitre », c’est-à-dire :

  • Pouvoir identifier ses émotions, les exprimer et savoir agir en conséquence

On sait aujourd’hui qu’un enfant qui a des difficultés pour apprendre à des besoins non satisfaits qui font écran à sa capacité de penser par lui-même.  Ce n’est pas un problème d’intelligence !

Si Paul est l’objet de moqueries de la part de ses camarades, à chaque fois qu’il prend la parole en classe, il est normal qu’il en souffre et qu’il choisisse de se taire ! S’il apprend à exprimer son ressenti, en mettant des mots sur son mal être, dans des temps prévus pour cela en classe, il se libérera et agira pour que cette situation inconfortable s’arrête.

En apprenant à se connecter à lui-même, il ne sera jamais victime de harcèlement et contactera le plaisir consistant à « prendre du pouvoir sur sa vie ». En effet, avoir envie d’apprendre et être curieux des mystères de la vie sont les conséquences naturelles d’une telle libération.

Un enfant n’est pas un vase que l’on remplit de savoir. Même si cette idée est communément admise aujourd’hui, on continue d’enseigner de la même façon qu’au début du 20ième siècle. Les élèves en « décrochage scolaire » se voient proposer des cours de soutien, « un peu plus de la même chose » ! On sait que ça ne marche pas !

 

  • Déceler les croyances limitantes qui freinent ou empêchement la réussite :

Croyances sur soi-même : « Je ne suis pas intelligent », « Je n’y arriverai jamais », « Si je n’y arrive pas tout de suite, je suis bête », ou croyances sur les autres « ils sont meilleurs que moi… », « j’ai peur de décevoir mes parents. », « Je ne suis pas à la hauteur »

Toutes ces croyances forment un obstacle à l’engagement de l’enfant dans les apprentissages.

Une fois disparues, les comportements d’agitation, de provocation, de passivité, construit comme des remparts à l’angoisse, cessent !

Ces savoirs peuvent s’apprendre à l’école  – voir le programme « Bien Vivre Ensemble »

 

2. Il faut apprendre aux enfants à coopérer avec les autres à l’école

Il y aurait ceux qui réussissent et ceux qui ratent leur vie, les doués et les pas doués, les bons et les incapables ? Cette conception est absurde. Elle crée une société ou l’exclusion s’intensifie, alors que la complémentarité de tous représente une immense richesse.

Les entreprises d’aujourd’hui demandent à ce que les personnes sachent travailler en équipe. Alors pourquoi n’apprend-on pas à travailler ensemble dans nos écoles ?

              

                                              « Ras le bol du chacun pour soi ! »

                              Apprenons à nos enfants à vivre ensemble et à coopérer

 

Le collectif est une incroyable opportunité de faire des choses qu’on est incapable de faire seul ; L’autre représente une chance, un enrichissement pour se développer pleinement et en plus, faire ensemble nous rend heureux !

L’expérience des réseaux d’échanges de savoir crée par Claire Hebert Suffrin, institutrice dans les années 70, a largement démontré les effets positifs de ce dispositif pédagogique, facile à mettre en place, sur la réussite des enfants. On apprend mieux quand on coopère avec les autres !

Pour résumer, nous avons la chance aujourd’hui de bénéficier de découvertes et d’expérimentations réalisées au début du siècle dernier, dans le domaine des sciences humaines. On sait transmettre ses connaissances qui facilitent « le bien vivre ensemble ».

  • La connaissance de soi
  • La gestion des conflits
  • La communication non violente
  • La régulation de groupe pour prendre sa juste place…

Nous devons absolument endiguer cette course folle ou beaucoup de personnes se perdent aujourd’hui au détriment de leur santé, de leur bonheur et du sens profond de leur vie.

Simplement pour ne pas avoir pris le temps de s’écouter, de se rencontrer….

Ne fermons plus les yeux sur une réalité qui entrave le développement d’un grand nombre d’enfants, tous potentiellement appelé à devenir des génies, comme nous le rappelait Albert Jacquart !

Pour cela, Rejoignez-nous et diffusez largement notre projet « Bien Vivre Ensemble » !

(https://educat.fr/#bienvivre)

L’association Educ’AT travaille depuis un an, dans un collège public de 600 élèves avec les professeurs et les parents réunis, les résultats sont déjà visibles. Notre souhait est de faire connaitre ce dispositif, et de le transmettre à d’autres établissements afin que le plus grand nombre d’enfants en bénéficient.

                                                              Merci de nous aider à diffuser ce message !

Marie-Pierre Lescure, psychopédagogue.

Il m’est arrivé d’observer des enfants qui, une fois la bêtise faite, se mettaient au coin tous seuls … puis recommençaient aussi vite une fois la sanction levée. Comme si la punition effaçait tout et qu’ils pouvaient reprendre leurs activités comme si de rien n’était ! Rien de très éducatif dans cette démarche.

A quoi sert la punition ?

Skinner (1) , fondateur du béhaviorisme radical disait ceci à propos de la punition : « La punition n’apprend qu’une chose : à éviter la punition ». Beaucoup de tenants de la punition se réclament des théories behavioristes et disent qu’un comportement souhaité doit être renforcé positivement jusqu’à ce qu’il soit acquis et qu’un comportement non souhaité doit être renforcé négativement jusqu’à ce qu’il disparaisse. C’est sans doute vrai pour les rats (et encore les expériences et l’évolution naturelle semblent montrer que non), mais pas du tout pour les êtres humains !

Quelles sont les conséquences de la punition ?

« La carotte et le bâton sont des stimulants persuasifs et fréquemment utilisés. Mais traitez les gens comme des ânes et ils se comporteront comme des ânes … » John Whitmore.

Utiliser punition et récompense est efficace … à court terme. Mais lorsque je punis ou je récompense, je conditionne … et j’apprends à l’enfant (ou à l’adulte) à réagir en fonction de son envie de la récompense ou de sa peur de la punition. Je lui apprends donc à raisonner par rapport à lui-même, par rapport à ses envies propres, non par rapport à son impact sur les autres, ni aux conséquences globales de ses actes …
Skinner affirmait également que les punitions produisaient trois effets : la fuite (évitement, absence), la contre-attaque (vandalisme et agression), l’apathie.

Que dire des enfants qui contestent la punition ?

Ceux qui refusent d’aller au coin, en sortent vite fait, ceux qui râlent et pestent, voir se rebellent vertement contre la punition, genre « c’est pas juste ! » ou qui rejettent la faute sur les autres – « c’est pas moi, c’est lui !».
Les ateliers « Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour qu’ils parlent », disent à propos de la punition :
« La punition ne décourage pas l’inconduite. Elle ne fait que rendre le coupable plus prudent dans l’accomplissement de ses crimes, plus adroit à dissimuler ses traces, plus habile à éviter qu’on le détecte. Quand un enfant est puni, il prend la résolution de devenir plus prudent, non celle de devenir plus honnête et plus responsable. »

Dans quel but je punis ?

Quand on punit, c’est généralement dans une intention éducative, c’est-à-dire que l’on veut que son enfant comprenne que telle ou telle comportement n’est pas acceptable pour soi ou dans un cadre bien précis. On ne souhaite pas qu’il commence à nous mentir.
Or, tout se passe comme si la punition en elle-même détournait l’attention de l’enfant du processus de réflexion sur l’acte commis. L’enfant se met à se rebeller contre celui qui le punit, le jugeant injuste. Il commence alors à chercher comment éviter d’être puni plutôt qu’à éviter de faire ce qui lui a valu la punition …

Cette citation de Christophe André résume bien les choses en disant :
« La punition sert (éventuellement) au maintien de l’ordre, non à créer une ambiance psychologique de motivation au changement personnel.»

Alors que ce que l’on cherche généralement, c’est à provoquer un changement chez l’enfant : on a envie qu’il comprenne que son comportement n’est pas acceptable dans ce contexte, qu’il intègre un certain nombre de valeurs (ordre, politesse, respect, non-violence, …).
Mais si on le punit, on fait respecter sa conception de l’ordre et on ne le met pas dans une dynamique de changement et de réflexion sur son comportement.

Comment faire sans punition ni récompense ?

Toute la question est alors (non plus de contraindre) mais d’influencer positivement, de donner envie, de susciter le changement chez l’enfant.
Nous devons alors savoir apprécier, donner des retours positifs, savoir encourager, réfléchir à comment on fait passer son message plutôt que de rester sur ses positions, comprendre, se mettre à la portée …

Un autre point important est de sensibiliser l’enfant aux conséquences de ses actes sur les autres. Cela revient à stimuler son empathie. Se mettre à la place de l’autre. Cette compétence innée, mise à mal par la société de consommation et de compétition dans laquelle on vit, produit aujourd’hui bien des dérives, génératrice de dysfonctionnement entre les personnes. L’indifférence à la souffrance de l’autre, le manque d’attention, l’égoïsme…
Reconnecter, son empathie, réfléchir et poser des « actes réparateurs » pour compenser le malaise produit… une autre façon d’envisager l’acte éducatif.
A méditer…le travail en ce sens demande à être approfondi, enrichi par les expériences de tous. N’hésitez pas à partager vos propres réflexions et pratiques sur ce sujet.

 

[1] Skinner est le fondateur d’une théorie( le behaviorisme radical) qui pense que les comportements humains peuvent être modifiés par la répétition de stimulus positifs ou négatifs.

Photo via Visual Hunt

Un chercheur italien, Giacomo Rizzolatti a découvert en 1996, l’existence de neurones miroirs dans notre cerveau. Grâce à eux, nous serions capables d’éprouver de l’empathie, c’est à dire « de se mettre dans la peau de l’autre », en imitant ce qu’il fait, ou « de ressentir ce qu’il peut ressentir ».

Nous savons aujourd’hui qu’un bébé âgé de 18 mois, exprime sans apprentissage ni récompense, cette compétence, en venant par exemple, aider spontanément une personne qu’il voit en difficulté.

Cependant, il semble que l’éducation puisse altérer ou renforcer cette capacité relationnelle, qui représente pour tous au début de la vie, un moyen d’apprentissage remarquable basé sur l’imitation et la perception des intentions de l’autre.

On sait par exemple, que les personnes qualifiées de psychopathes sont capables de faire le mal autour d’eux, de faire souffrir leurs victimes sans que cela déclenche en eux le moindre sentiment pénible. Ils sont insensibles à la souffrance exprimée par l’autre. Leurs neurones miroirs semblent ne plus être actifs !

Pour prendre un exemple plus courant, comme le harcèlement scolaire, j’affirme que celui-ci ne se produirait pas si le persécuteur et les témoins étaient en contact avec leur ressenti. S’ils éprouvaient plus d’empathie pour la victime.

Je vous relaterai ici une expérience qui s’est déroulée sur une heure avec 24 enfants de sixième. J’avais été invité à intervenir, dans le cadre du projet « Bien vivre ensemble » au collège d’Epernon, à la demande des professeurs de la classe. En effet, nous nous approchions de la fin de l’année scolaire et l’ambiance était de plus en plus délétère entre les élèves. Des insultes, des moqueries orientées plus spécialement vers quelques boucs émissaires, semblaient faire partie du quotidien de ce groupe.

Après avoir posé les règles nécessaires à la régulation, protectrices de chacun, je donnais la parole aux jeunes en les invitant à exprimer ce qu’ils ressentaient. Le silence du début de réunion fut brisé par le témoignage de plusieurs élèves qui réussirent à parler de leurs souffrances au quotidien, les larmes aux yeux ou la voix tremblante d’émotions. L’attention du groupe était intense. Pas d’accusation, juste une expression de souffrance individuelle.

Plusieurs élèves baissaient la tête, visiblement gênés d’entendre ce qu’ils entendaient, surpris par tant d’authenticité. Les insultes et persécutions s’arrêtèrent spontanément dans les semaines suivant la réunion.

Aucune résolution de conflit, de règles de morales dispensées…rien qu’une écoute empathique de la souffrance de l’autre.

Le XXIe siècle sera un siècle de progrès nécessaire à notre évolution, et selon certains dires, à notre survie. Ce progrès passera davantage par une amélioration des rapports humains vers plus d’humanité, que par une évolution matérielle.

Pour cela, il faut permettre aux jeunes d’aujourd’hui de développer leur empathie, ce qui représentera un atout fondamental dans cette recherche d’un « bien vivre ensemble ».

Pour cela quelques conseils, sachant que vos enfants s’inspireront de vos propres pratiques ( ce qui est déjà un signe d’empathie)

  • Prenez le temps d’écouter vos enfants, sans chercher trop vite à partager vos propres expériences. Eviter de leur couper la parole.
  • Exprimer vos ressentis sur telle ou telle expérience et invitez vos enfants à le faire également, sans faire de remarque du type : « Mais non, il ne faut pas ressentir ça ! »
  • En cas de désaccord, essayer de vous mettre à la place de votre enfant. Que feriez-vous dans une telle situation si vous aviez son âge ? Comment pouvez-vous comprendre sa réaction ?
  • Éteignez votre téléphone portable et vos écrans quand vous partagez un moment en famille. Rien n’est plus important à ce moment-là que la qualité de présence dont vous saurez faire-part.
  • Compatissez si votre enfant exprime une douleur. Exemple : Justine est tombée, son papa accourt et lui dit « ah, oh que ça doit faire mal, aïe, aïe, aïe…..ma pauvre chérie ! »
  • Montrez leur l’exemple en étant attentif aux autres, prêts à aider votre prochain et/ou à partager avec les plus démunis.

 

Les neurones miroirs peuvent être réactivés, stimulés… la qualité des relations que nous avons les uns avec les autres s’en sera que meilleure ! Alors entraînons nous et entraînons nos enfants à « regarder » les autres.

 

Photo by Joshua Clay on Unsplash

Ce principe d’éducation ne fonctionne pas ! Les enfants ont besoin de cohérence et de modèles pour s’en inspirer.
Si nous encourageons nos chères « têtes blondes » à s’engager dans leurs apprentissages, en faisant preuve de curiosité et de persévérance, demandons-nous si le modèle que nous leur donnons est en résonnance avec nos propos.

Apprendre à tout âge ? 

On dit qu’il est plus facile d’apprendre quand on est enfant qu’à l’âge adulte.

C’est exact, la plasticité neuronale d’un enfant est extraordinaire. Nous naissons avec un cerveau composé de 100 milliards de neurones, capables d’envoyer des milliers de connexions vers d’autres cellules.

Un jeune enfant par exemple, en contact dans son environnement proche avec 5 ou 6 personnes s’exprimant dans des langues différentes serait capable de les apprendre, sans effort, uniquement par imprégnation. Cela fait rêver !

Ce potentiel diminue avec l’âge…

 

Une histoire d’environnement

Cependant, on sait aujourd’hui, contrairement à ce qu’on pensait encore au milieu du siècle dernier, que la production de neurones (cellules du cerveau) ne s’arrête jamais.

Des études ont montré que cette capacité pouvait diminuer voire disparaitre selon l’environnement, en particulier en cas de stress. Au contraire dans un environnement adapté, la neurogénèse a été multiplié par trois en quelques semaines, dans le cadre d’une expérience menée en laboratoire avec des souris.

 

Retenons cette métaphore :

Les abeilles naissent toutes identiques. La différence entre une reine et une abeille ouvrière est uniquement son alimentation. A partir du troisième jour, la reine est nourrie exclusivement de gelée royale !

Le cerveau a donc besoin de « nourriture », de stimulations, de possibles explorations.

Autre exemple, plus proche de notre réalité : ce qui différenciait Einstein d’un homme ordinaire, c’est qu’il ressentait une horreur absolue à l’idée de ne pas comprendre. « Il comprenait qu’il ne comprenait pas, et faisait tout pour comprendre, et parfois cela pouvait être long… » [1]

 

Changer nos croyances

Forts de cette information, nous pouvons affirmer que ce qui diminue le plus avec l’âge, n’est pas la capacité de notre cerveau d’apprendre, mais l’usage qu’on en fait.

C’est pour cette raison que l’école devrait nous permettre d’apprendre à apprendre, pour ensuite entretenir cette activité toute notre vie.

 

 Comment faire ?

Retrouver notre soif d’apprendre et de comprendre
Le cerveau se nourrit de changement, nous devons retrouver cette soif  présente en chacun de nous, souvent inhibée par des croyances erronées.

Par exemple, consacrer une « heure d’apprentissage » hebdomadaire à une activité que l’on ne connait pas, mais qui nous fait envie. Cela peut être le dessin, le flamenco ou la pratique d’un instrument de musique : dans tous les cas, vous allez solliciter votre cerveau d’une manière différente et développer de nouveaux réflexes. Cela amène directement au second principe :

 

Cultiver son enthousiasme
Ce mot vient du grec qui veut dire « Transport divin, être inspiré des dieux » ; Un jeune enfant a des crises d’enthousiasme toutes les minutes ! C’est comme cela qu’il est poussé à découvrir le monde. Ressentir de l’enthousiasme pour une découverte, un nouvel apprentissage, favorise incontestablement nos facultés d’apprendre.


Entretenir sa curiosité
Se demander “pourquoi” ? Les enfants sont insatiables sur ce terrain. Tout les intéresse et les questionne. C’est comme ça qu’ils apprennent. Mais c’est aussi vrai pour les adultes.
 Lutter contre « l’infobésité »

Le système numérique dans lequel nous baignons entraîne une avalanche d’informations. Trop selon les spécialistes de la plasticité du cerveau. « L’information qui nous fait savoir est absolument délétère, et n’incite pas le cerveau à produire de nouveaux neurones. Au contraire, ce dernier bombardé d’informations, est alors condamné à l’anxiété »

Concrètement, il est indispensable de trier cette information : choisir l’utile, celle qui nous fait comprendre, et se débarrasser de la futile, celle qui nous fait juste savoir.

 

Cultiver l’altérité

Certaines parties de notre cerveau ne sont engagées que lorsque nous sommes en relation avec les autres. C’est ce que certains scientifiques appellent « le cerveau social ». Plus on cultive l’altérité, plus on soigne son cerveau qui sera alors enclin à produire plus de neurones. Je vous renvoie à ce propos aux travaux effectués par Claire Hébert Suffrin[2], concernant les réseaux d’échanges de savoirs.

En conclusion, si vous souhaitez aider votre enfant à apprendre, montrez-lui le chemin en étant un adulte que la soif de découvrir et d’apprendre rend heureux !

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[1] Interview d’Albert Jacquart « l’intelligence ».  https://m.youtube.com

[2] Claire Hébert Suffrin, « Parier sur la réciprocité : vivre la solidarité », 2011, chronique sociale.

 

Photo by Naletu on Unsplash

Nos enfants ont repris le chemin de l’école…  C’est avec une petite histoire vécue lors d’une consultation familiale, que je souhaite partager avec vous une réflexion sur l’éducation.      

« Kevin arrive à mon cabinet avec ses parents pour un problème de bégaiement qui les inquiète depuis longtemps et pour lequel l’école leur a conseillé de consulter. Kevin est âgé de 6 ans et sa mère précise d’emblée qu’elle se demande s’il n’y a pas un facteur héréditaire, parce que le frère de son mari souffre du même défaut d’élocution. Les parents racontent ensuite qu’ils craignaient que Kevin ne soit atteint du même problème et qu’ils ont été affolés de constater dès les premiers balbutiements du bébé que le problème semblait être présent.

On peut imaginer la scène : alors que le bambin commence à faire ses premiers « b-a-ba », des redoublements sont inévitables du genre « bababa ». Pour toute la majorité des parents, cela ne suscite aucune inquiétude, puisque ce comportement leur parait tout à fait normal chez un bébé. Pour les parents de Kevin, au contraire, la question se pose vite : « serait-il bègue comme son oncle ? ».

A partir de ce moment, on va essayer de faire répéter l’enfant en insistant pour qu’il ne fasse pas de répétitions outrancières. Par là même, on commence à sélectionner un comportement qui ira en s’amplifiant puisque l’enfant réalisera assez rapidement que ses parents sont très inquiets chaque fois qu’il se met à parler. Cette inquiétude favorisera les redoublements, et le bégaiement a de bonnes chances de s’installer.

« Quand on se fixe sur le symptôme, on contribue à fixer le symptôme. »

Extrait du  livre « Pour une éducation apaisée »ed. Chronique sociale

Cet exemple montre combien les enfants sont sensibles à nos états émotionnels. Ils ressentent nos inquiétudes, et cela parasite leur évolution.  C’est pourquoi, nos « interventions inquiètes » concernant les devoirs à la maison sont susceptibles de provoquer ou d’accentuer un problème, là où il n’y avait au départ qu’une difficulté normale d’apprentissage.

La façon dont vous aborderez le suivi scolaire est capitale.

  • Regardez vos enfants comme des « génies potentiels », comme le préconisait Albert Jacquart. Leurs compétences pour apprendre sont extraordinaires. Si des difficultés se présentent, calmez-vous, ne vous énervez pas, ne déprimez pas, et rechercher les causes si elles persistent.
  • Ne stressez pas en pensant à leur avenir, ni en cultivant des pensées du genre » il a des difficultés pour apprendre, il va échouer à l’école et ne trouvera pas d’emploi plus tard »
  • Comme l’article de la semaine dernière vous y invitait, valorisez davantage son engagement dans la recherche de solutions, source de progrès assurés, plutôt que « son intelligence »
  • Déléguez « l’aide aux devoirs » si vous sentez que cette tâche vous met dans un état de stress important. Je vous rappelle à cet endroit que vous pouvez inciter vos enfants à se relier à leurs camarades pour apprendre ensemble, se soutenir, chercher des solutions.

Demandez-vous…

Quelle est votre posture parentale ? Avez-vous peur, depuis le début de la scolarité de votre enfant, qu’il ne réussisse pas ? Avez-vous confiance dans ces capacités d’adaptation et de développement ?

Regardez-le avec confiance et vous lui permettrez de construire une bonne estime de lui-même. Alors, il pourra surmonter sa différence et réussir à sa mesure.

Si vous n’y arrivez pas, occupez-vous de vos peurs et vous allégerez celles de votre enfant !

 

 

Photo by Annie Spratt on Unsplash

Marie-Pierre Lescure, Pour une éducation apaisée, Editions Chronique Sociale

Un chemin à parcourir en deux parties :

La première partie du livre est consacrée aux différentes origines de la peur. La seconde, présente et analyse 30 sujets d’éducation qui préoccupent les familles. Leur choix a été déterminé par la fréquence d’apparition de ces thématiques dans les groupes de paroles que j’anime, ou lors de consultations à mon cabinet. Leur présentation est l’occasion de chercher le sens de la problématique exposée, de donner de l’information et d’entrevoir des options de changement. Il n’y a pas de réponse type, de solution toute faite. Certains ouvrages tendent à le faire croire, mais il s’agit plus d’un argument commercial que d’une réalité. Le véritable changement passe toujours par nous, l’information n’en est que le point de départ. Je vous encourage tout au long de ce livre, à vous approprier les éléments théoriques, ainsi que les illustrations qui vous touchent, afin de créer vos propres réponses.

Je suis avant tout pragmatique et souhaite que ce livre soit utile et concret. Pour cela, vous y trouverez des informations actualisées, des récits d’expériences personnelles et professionnelles, des contes, des métaphores et tout ce qui permettra d’illustrer au mieux mes propos. J’aime transmettre ce qui m’a aidé, ce que j’ai compris, même tardivement, alors que mes enfants étaient déjà grands. J’ai la conviction aujourd’hui, qu’il est important d’enseigner certains principes universels liés à l’éducation et la connaissance de soi, afin de faciliter le difficile exercice que représente le « métier de parent. »

Pour éclairer « les cas concrets », je  communique quelques points théoriques qui ont alimenté ma réflexion de parent, et soutenu mon développement personnel.

Enfin, des tests à réaliser permettent de mettre à jour sa posture parentale, point de départ d’un éventuel changement à construire : « Se transformer pour transformer le monde». (Pierre Rabhi). Plus nous gagnerons en conscience, plus nous préparerons nos enfants à se respecter et à respecter les autres. Notre mission de parent doit permettre à nos fils et à nos filles de grandir dans l’enthousiasme d’une société à inventer. Ils seront alors prêts à effectuer ce passage, capables d’affronter l’inconnu du changement, avec confiance et sérénité.

Bonne lecture ! n’hésitez pas à me faire vos commentaires, j’en serais très heureuse !

Le livre est disponible à la FNAC et enligne sur le site de l’éditeur : Chronique Sociale