Hyperactivité ? Mal du siècle ?

Je trouve ce court métrage sur l’hyperactivité créé par Adrien Hon­nons !  très inté­res­sant.

Il décrit bien la détresse des enfants qui en sont atteints. Ils sont sou­vent reje­tés et consi­dé­rés comme indé­si­rables dans l’institution sco­laire. Leur com­por­te­ment agi­té mais aus­si les dif­fi­cul­tés de concen­tra­tion qui en découlent rendent dif­fi­ciles les pre­miers appren­tis­sages.  L’échec sco­laire peut poindre son nez dès le cours pré­pa­ra­toire.

D’autre part, les enfants hyper­ac­tifs sus­citent sou­vent l’agacement et la colère de l’entourage, ce qui ne fait qu’augmenter leur niveau de stress .

La Rita­line est alors sou­vent poin­tée comme le remède miracle à ce type de pro­blé­ma­tique. J’aime la posi­tion nuan­cée qui est adop­tée à ce sujet dans cette pré­sen­ta­tion.

Un cadre clair, pro­tec­teur, apai­sé serait l’option la plus favo­rable à une inter­ven­tion durable et réso­lu­toire. Je par­tage tout à fait cette posi­tion.

Je com­plé­te­rai cet apport par une réflexion per­son­nelle et appro­fon­die sur l’hyperactivité. ( tiré de mon livre «  Pour une édu­ca­tion apai­sée »)

 

Hyper­ac­ti­vi­té ? Mal du siècle ?

Pour com­men­cer cette pré­sen­ta­tion, je pren­drais un exemple tiré de ma pra­tique de psy­cho­pé­da­gogue :

Rémi est un gen­til gar­çon de 14 ans, poli et réser­vé. Il écoute patiem­ment ses parents par­ler de « son pro­blème ». Leur inquié­tude ne se dis­si­mule pas.  Ils ne savent plus quoi faire, parlent d’impuissance à se faire entendre par leur fils. « L’école c’est impor­tant », « il faut que tu sois sérieux et atten­tif », « quand vas-tu com­prendre ? » Une cer­taine agi­ta­tion emplit la pièce. Visi­ble­ment le couple n’est pas d’accord sur les inter­ven­tions à adop­ter.  Le père a quit­té l’école après la troi­sième, classe dans laquelle se trouve actuel­le­ment son fils. Il exprime à demi-mots que cela ne l’a pas empê­ché de réus­sir. J’entends de sa part, une cer­taine « per­mis­sion » don­née à Rémi de ne pas réus­sir ses études. La mère quant à elle, semble regret­ter le manque d’autorité de son mari, qu’elle qua­li­fie de « père copain ».

Ils évoquent ensemble la visite d’un méde­cin géné­ra­liste qui a conseillé la pres­crip­tion d’un médi­ca­ment « effi­cace » contre l’agitation de Rémi : la Rita­line. Cepen­dant, l’idée de « dro­guer » leur fils ne leur convient pas. C’est pour cette rai­son qu’ils viennent me voir aujourd’hui…. Espé­rant avoir quelques recettes « rapides et effi­caces » à pou­voir mettre en œuvre.

 Seule avec Rémi, je l’écoute par­ler de « son pro­blème » ; Il se pré­sente spon­ta­né­ment comme « hyper­ac­tif. » Un terme dont il ne sau­ra pas me don­ner le sens mais qui, pour lui, jus­ti­fie ses dif­fi­cul­tés à l’école. Quand je dis jus­ti­fie, c’est à bon escient. En effet, une telle qua­li­fi­ca­tion peut ser­vir de bou­clier pour la durée de la sco­la­ri­té. « Je ne peux pas réus­sir car je suis hyper­ac­tif… ».

Je suis aujourd’hui convain­cue que la qua­li­fi­ca­tion du symp­tôme a une influence sur l’apparition ou le main­tien de celui-ci. J’observai Rémi durant notre entre­tien. Il était calme et posé. Aucun signe d’agitation et une capa­ci­té à s’exprimer clai­re­ment. Quelle serait donc cette hyper acti­vi­té qui choi­si­rait ses lieux d’expression ?

Un peu d’histoire :

Depuis quelques années, on assiste à une infla­tion du diag­nos­tic d’hyperactivité, alors que ce terme était incon­nu il y a 10 ans.  Le 13 février 2015, la Haute Auto­ri­té de San­té (HAS) a ren­du publique un rap­port inci­tant les méde­cins à recon­naitre et uti­li­ser le diag­nos­tic d’hyperactivité.  Le terme exact employé devient alors : « Trouble Défi­ci­taire de l’Attention avec ou non Hyper­ac­ti­vi­té ». (TDAH)

A par­tir de cette vali­da­tion aux Etats Unis, en Aus­tra­lie, au Cana­da, le nombre des cas diag­nos­ti­qués s’est déve­lop­pé consi­dé­ra­ble­ment. Il faut savoir que les cam­pagnes de pro­mo­tions appe­lant au diag­nos­tic et au dépis­tage de l’hyperactivité sont finan­cées par les labo­ra­toires qui pro­duisent la Rita­line ! Nous assis­tons à une véri­table opé­ra­tion de mani­pu­la­tion média­tique, avec de géné­reuses retom­bées finan­cières. Aux Etats-Unis, le chiffre d’affaire des médi­ca­ments ven­dus pour lut­ter contre le TDAH est pas­sé de 40 mil­lions de dol­lars il y a 20 ans à 10 mil­liards aujourd’hui ! Cela laisse son­geur !

La démons­tra­tion alors uti­li­sée est simple, basée sur une vision de la psy­chia­trie exclu­si­ve­ment bio­lo­gique qui repose sur trois prin­cipes :[1]

  1. Tout com­por­te­ment hors norme est un trouble psy­chia­trique.
  2. Tout trouble psy­cho­lo­gique est d’origine céré­brale et est dû à un dés­équi­libre chi­mique.
  3. Il faut répa­rer ce dés­équi­libre grâce à un médi­ca­ment.

Cette approche s’inscrit dans un désir de solu­tions rapides. L’origine céré­brale décul­pa­bi­lise. L’utilisation du médi­ca­ment per­met de mas­quer les res­pon­sa­bi­li­tés poli­tiques, sociales, péda­go­giques, édu­ca­tives et fami­liales. Tout est fait pour endoc­tri­ner le public afin qu’il adhère à cette « psy­chia­trie bio­lo­gique » et qu’il devienne cap­tif et consom­ma­teur.

J’invite inces­sam­ment les parents à reprendre confiance en eux et en leur(s) enfant(s). Le TDAH est une construc­tion sociale. Le symp­tôme existe, les ensei­gnants sont les pre­miers à le consta­ter, mais de là à l’ériger en mala­die, une vraie réflexion s’impose. La Rita­line est un médi­ca­ment qui fait par­tie de la famille des amphé­ta­mines, et dont les effets sont assi­mi­lables aux effets de l’alcool. Il peut y avoir un sou­la­ge­ment pro­vi­soire, mais pas de pro­ces­sus de gué­ri­son. Cer­tains méde­cins vont jusqu’à affir­mer, que si l’on ne dépiste pas le TDAH durant l’enfance, les ado­les­cents concer­nés ont de plus grands risques de deve­nir toxi­co­manes ! Autre­ment dit, on donne des amphé­ta­mines à un enfant de 7 ans pour évi­ter qu’il ne se drogue à 17 ans ?

 

Retrou­vons notre capa­ci­té de pen­ser par nous-même et fai­sons mar­cher notre bon sens !

 

La confiance en nos enfants doit pré­do­mi­ner sur la médi­ca­li­sa­tion des symp­tômes. Nos enfants sont nor­maux. Ils peuvent être per­tur­bés par un rythme tré­pi­dant qui les affecte, un stress omni­pré­sent à la mai­son, la peur d’échouer à l’école, une auto­ri­té paren­tale defec­tueuse…

Il ne s’agit d’accuser per­sonne, mais de pas­ser de la faute à la res­pon­sa­bi­li­té. L’analyse du pro­blème doit se faire en famille dans le cadre d’une thé­ra­pie si cela s’avère néces­saire, afin de décou­vrir les causes occa­sion­nant l’agitation de l’enfant. Il n’y a pas de règles uni­ver­selles et les ori­gines de cette mani­fes­ta­tion peuvent être mul­tiples.

Pour ne par­ler que d’une cause pos­sible à ce symp­tôme, j’évoquerai l’exposition pro­lon­gée des enfants aux écrans en tous genres. Une recherche appro­fon­die sur la ques­tion a été récem­ment réa­li­sée par la célèbre aca­dé­mie de pédia­trie aux USA. (Ame­ri­can Aca­de­my of pedia­trics en 2014). Elle indique aux parents 4 règles majeures à res­pec­ter :

  • Pros­crire la TV et les jeux vidéo de la chambre
  • Inter­dire les écrans aux enfants de moins de 2 ans
  • Etre tou­jours avec l’enfant quand il regarde la TV
  • Limi­ter le temps total d’exposition aux écrans (tous confon­dus) à 1 ou 2 heures par jour.

En appli­quant ces mesures simples, le taux d’hyperactivité bais­se­rait déjà immé­dia­te­ment chez beau­coup d’enfants. Le bon sens peut nous per­mettre d’accorder un cré­dit à cette pro­po­si­tion !  Un cadre posé contient l’enfant et lui per­met d’apprendre à faire des choix et à se concen­trer sur un objec­tif en sachant dire « NON », à ce qui pro­voque sa dis­per­sion. Sans oublier l’importance de l’activité phy­sique en plein air qui favo­rise, à tra­vers des plai­sirs sains et natu­rels, l’évacuation du sur­plus d’énergie dont les enfants dis­posent.

La famille de Rémi cher­chait des solu­tions rapides et je n’ai mal­heu­reu­se­ment pas pu pour­suivre le tra­vail avec eux. La posi­tion sou­vent contra­dic­toire qu’ils adop­taient, par­ti­ci­pait cer­tai­ne­ment en grande par­tie du symp­tôme de leur fils. Par exemple, à l’énoncé de ses résul­tats sco­laires insuf­fi­sants, la mère se disait « angois­sée » et le père « amu­sé » D’autre part, en dehors du cadre stric­te­ment fami­lial, l’échec vécu à l’école n’est jamais vécu serei­ne­ment.  Il pro­voque une alté­ra­tion de l’estime que l’enfant se porte et peut être com­pen­sé par une atti­tude agi­tée, pour se faire remar­quer ou tout sim­ple­ment pour pas­ser le temps, là où l’ennui s’installe. J’ai remar­qué éga­le­ment dans mes entre­tiens avec de jeunes ado­les­cents, l’impact crois­sant de la croyance sui­vante : « Je dois savoir immé­dia­te­ment », qui leur fait aban­don­ner tout effort dès l’apparition d’une dif­fi­cul­té, qui deman­de­rait sim­ple­ment un peu de per­sé­vé­rance pour être sur­mon­tée. Toutes ces pistes auraient pu être explo­rées avec Rémi, mais ses parents étaient en quête d’une solu­tion rapide ! Simi­li­tude trou­blante…

Pour conclure, je dirais que lorsqu’un enfant pré­sente un com­por­te­ment inadap­té, il existe de nom­breuses pistes à explo­rer avant de pas­ser à la médi­ca­tion !

 

L’hyperactivité n’est qu’un symp­tôme dont il faut trou­ver la cause.

 

Pour cela, une réflexion glo­bale sur l’environnement, les proches, l’histoire de la famille peut per­mettre de retrou­ver le calme et la séré­ni­té, indis­so­ciable de l’épanouissement de cha­cun.  Pour cela, il est néces­saire de trou­ver les zones d’insécurité de l’enfant, les apai­ser, afin qu’il reprenne tran­quille­ment le cours de sa vie. L’apport de la rita­line peut selon moi, se conce­voir dans cer­tains cas d’agitation extrême, dans l’esprit d’une tran­si­tion à accom­pa­gner,  jamais de façon durable !

 

 

[1] Patrick Land­man ,  Tous hyper­ac­tifs , Albin Michel, 2015

Violence à l'école, exclusion, conseil de discipline

Violences à l’école…

La sen­tence du conseil de dis­ci­pline est tom­bée avant les vacances. Kévin, 11 ans est exclu de son col­lège pour insultes et faits d’agression répé­tés sur ses cama­rades.

 

Où se trouve la vio­lence ?

Cet enfant por­teur d’un mal être qui per­turbe ses rap­ports aux autres, n’a pu être aidé.

Il est reje­té vers un autre éta­blis­se­ment, comme si cet acte pou­vait résoudre ses pro­blèmes rela­tion­nels. Il pas­se­ra peut-être comme cer­tains enfants, de col­lège en col­lège jusqu’à ses 16 ans, signant ain­si la fin de la sco­la­ri­té obli­ga­toire. Et après qu’adviendra-t-il ? Délin­quance ? Alcoo­lisme ? Dépres­sion ? Vio­lence tou­jours….

 

Où se trouve la vio­lence ?

Pour­tant, Kévin n’était pas un « enfant irré­cu­pé­rable ». Il deman­dait de l’aide : « Je sais que je me suis mal comporté…j’ai envie de chan­ger, mais je n’y arrive pas ! »

Il avait besoin des autres pour construire l’estime de lui-même. Le dis­po­si­tif de la réus­site édu­ca­tive, pré­sent dans le col­lège, pré­voyait d’installer au sein de sa classe une orga­ni­sa­tion de « vigi­lance coopé­ra­tive ». Six enfants reçus dans mon bureau le matin du conseil de dis­ci­pline, expri­maient de concert ne pas sou­hai­ter le ren­voi défi­ni­tif de leur cama­rade. Juste un aver­tis­se­ment, le signal d’une limite à ne pas dépas­ser !

Ils étaient d’accord pour l’aider et s’organiser ensemble pour cela. Ils avaient déjà quelques idées…

Des soins exté­rieurs étaient pro­gram­més avec une thé­ra­peute qui allait s’occuper des « mémoires trau­ma­tiques » qui fai­saient obs­tacle à la construc­tion d’une socia­li­sa­tion adap­tée.

Mais la sen­tence est tom­bée, impla­cable, sans concer­ta­tion.

 

Où se trouve la vio­lence ?

J’affirme qu’avant d’exclure un enfant dys­fonc­tion­nant, il y a des options à ten­ter, et prio­ri­tai­re­ment un tra­vail au sein du groupe classe, avec les autres ! Un ensei­gne­ment de ges­tion de conflits, des émo­tions et une atti­tude coopé­ra­tive pour résoudre les pro­blèmes.

N’est-il pas temps d’apprendre aux enfants à vivre ensemble, en se sen­tant concer­né par cha­cun des membres qui com­pose le groupe. Notre bon­heur ne peut pas exis­ter dans une bulle, sépa­ré des autres. Nous sommes tous reliés. Nier la souf­france qui s’exprime autour de nous nous expose à l’apparition de grandes vio­lences, déjà pré­sentes et à venir.

Tous les êtres humains ont besoin de sécu­ri­té, de digni­té et d’amour. Sans cela, ils s’affaiblissent, tombent malades ou expriment de la vio­lence comme ultime ten­ta­tive d’un déses­poir qui ne peut se dire.

                                                            

Où se trouve la vio­lence ?

L’école doit pré­pa­rer les jeunes à « bien vivre ensemble ». Si les moyens déployés ne fonc­tionnent pas, on peut alors consi­dé­rer, que le pro­blème dépasse le cadre sco­laire et que l’enfant a besoin d’une struc­ture adap­tée. Mais avant cela, fai­sons confiance au pou­voir répa­ra­teur du groupe.

 

Et si nous nous ins­pi­rions de la pen­sée de Saint Exu­pé­ry ?

 

« Etre homme c’est pré­ci­sé­ment être res­pon­sable. C’est connaitre la honte face d’une misère qui ne semble pas dépendre de soi. C’est être fier d’une vic­toire que des cama­rades ont rem­por­tée. C’est sen­tir en posant sa pierre que l’on contri­bue à bâtir le monde »

 

Alors, quel monde sou­hai­tons-nous pour nos enfants ?

Il est temps de nous poser la ques­tion !

Apprendre sans peur…c’est plutôt naturel !

Apprendre sans peur…c’est plutôt naturel !

Il n’y a qu’à obser­ver un jeune enfant qui explore son envi­ron­ne­ment. Il peut inlas­sa­ble­ment répé­ter un geste, se rele­ver après une chute dix fois, vingt fois, rées­sayer jusqu’à ce qu’il arrive à vaincre la dif­fi­cul­té. S’il est lais­sé à son explo­ra­tion tran­quille, aucun pleur, aucun décou­ra­ge­ment ne seront per­cep­tibles. Juste une concen­tra­tion intense et l’envie d’atteindre son but.

Apprendre confronte l’enfant au vide, à l’incertitude. Il est rame­né à lui-même et sol­li­ci­té dans sa capa­ci­té à cher­cher avec confiance, des solu­tions au pro­blème qui se pose à lui.

Pour cela il a besoin de s’appuyer sur une sécu­ri­té interne et externe.

La sécurité externe concerne deux points essentiels

  1. La bien­veillance avec laquelle les adultes peuvent entou­rer les conduites d’apprentissage (intel­lec­tuelles, motrices…) de l’enfant

. Pas de cri­tiques humi­liantes « tu n’es même pas capable de faire une phrase cor­recte ! », d’agacement, parce qu’il ne com­prend pas tout de suite « alors…t’es bou­ché ou quoi, c’est pour­tant pas com­pli­qué ? », d’attentes « pour­vu que tu aies une bonne note à ce contrôle ! » de déva­lo­ri­sa­tions « quand je pense que ça fait trois fois que je te répète cette règle de gram­maire, t’as un pro­blème ! », de rejet « Je laisse tom­ber, tu ne com­prends rien ! », de règles rigides «  tu vas tra­vailler même si tu n’as rien à faire ! »

  1. Cela parle aus­si du cli­mat à ins­tau­rer dans une classe, afin que les enfants se res­pectent, s’encouragent, tra­vaillent ensemble dans des pro­ces­sus coopé­ra­tifs et non dans la com­pé­ti­tion et les moque­ries ; dans une fra­trie en veillant à ce que cha­cun ait sa place et soit enten­du.

La sécurité interne se construit lorsque les 5 principes suivants sont activés :

  1. Si l‘enfant a pu au cours de son déve­lop­pe­ment, faire ses expé­riences de décou­verte du monde, en étant encou­ra­gé à se « déta­cher » peu à peu de la rela­tion sym­bio­tique avec sa mère.

Dans le cas contraire, une édu­ca­tion sur­pro­tec­trice l’ empêche de se confron­ter à l’inconnu « laisse, tu ne sais pas le faire, je m’en occupe »,et  occa­sionne pro­ba­ble­ment un aban­don. L’enfant fera demi-tour devant l’épreuve qui se pré­sente à lui, car il pen­se­ra ne pas avoir les res­sources suf­fi­santes pour la sur­mon­ter.

  1. S’il a été encou­ra­gé à expri­mer son res­sen­ti, ses doutes, ses joies au tra­vers de ses expé­riences.

Mais, si par manque de temps, d’attention, de capa­ci­tés des parents à par­ler de leurs propres res­sen­tis, l’enfant n’est pas encou­ra­gé à mettre des mots sur sa vie inté­rieure. Il per­dra confiance en ses capa­ci­tés, se décen­tre­ra en s’adaptant à ce qu’il pense être bon pour lui, en se modé­li­sant sur les adultes qui l’entourent. Une absence de mots empêche la pen­sée de se struc­tu­rer. Or c’est une condi­tion essen­tielle au « bien apprendre »

  1. S’il a été valo­ri­sé pour ses suc­cès et conso­lé pour ses échecs

En d’autres termes, s’il a reçu assez d’amour de la part de ses parents, il se construi­ra un monde inté­rieur où il aura acquis les res­sources néces­saires pour s’encourager, se conso­ler lui-même face aux dif­fi­cul­tés de la vie.

  1. S’il a été conte­nu dans ses pul­sions par des règles pro­tec­trices bien­veillantes lui per­met­tant d’expérimenter la frus­tra­tion

A l’inverse, si l’éducation n’a pas su conte­nir les pul­sions de l’enfant, l’absence de tolé­rance à la frus­tra­tion pro­vo­que­ra un aban­don face à tout appren­tis­sage qui demande du temps, des règles à suivre, de la répé­ti­tion et une avan­cée lente par « essais erreurs ».

  1. S’il n’a jamais res­sen­ti de ter­reur face à ses parents ou autres figures d’autorité

Alors que dans le cas contraire, l’enfant risque d’être para­si­té par une mémoire trau­ma­tique. Ce point est sou­vent mécon­nu. Aujourd’hui, grâce aux tra­vaux de Muriel Sal­mo­na sur les consé­quences d’une mémoire trau­ma­tique, on sait qu’un stress intense, né de ter­reurs res­sen­ties par l’enfant (vio­lences phy­siques, ver­bales, aban­don…), pro­voque des modi­fi­ca­tions internes d’ordre bio­lo­giques et neu­ro­lo­giques, qui per­sistent au-delà du trau­ma­tisme. Les consé­quences peuvent se tra­duire par un hyper­con­trôle pou­vant créer un état d’agitation per­ma­nent, des troubles de l’attention, un seuil plus éle­vé de sen­si­bi­li­té à la dou­leur, des conduites à risques, des pra­tiques addictives…et cela pour toute la vie !

(Ras­su­rez-vous ! Il existe des tech­niques de libé­ra­tion des mémoires trau­ma­tiques, j’en par­le­rai plus pré­ci­sé­ment dans mon pro­chain article.)

 

En résu­mé, si ces points sont res­pec­tés ou res­tau­rés, l’enfant abor­de­ra le « risque d’apprendre » sans peur, gui­dé par un enthou­siasme qui le pous­se­ra natu­rel­le­ment à décou­vrir l’inconnu.

« La moti­va­tion à apprendre est comme une flamme, née avec le pre­mier souffle de la vie. On peut l’aviver en l’alimentant de com­bus­tible et d’oxygène (les encou­ra­ge­ments, la bien­veillance). On peut aus­si l’éteindre en la sou­met­tant à un trop grand vent (la contrainte) ou en l’arrosant avec de l’eau froide (la déva­lo­ri­sa­tion, la vio­lence) »

Marie-Pierre Les­cure, Pour une édu­ca­tion apai­sée, ed Chro­nique sociale.

 

 

 

Pho­to by Josh Apple­gate on Uns­plash

Une école pour affronter les défis du monde actuel

L’école est une chance pour les enfants, mais…. Elle devrait être un lieu d’épanouissement pour tous !

Le modèle de l’école d’aujourd’hui est encore fon­dée sur la com­pé­ti­tion, la per­for­mance et l’individualisme.

Cette façon de conce­voir l’enseignement par­ti­cipe aux dérives que l’on constate de nos jours (la des­truc­tion des res­sources natu­relles au pro­fit d’un « tou­jours plus d’argent » …, l’exclusion d’une marge impor­tante de l’humanité, la sur­con­som­ma­tion d’anti dépres­seurs des « pays riches » …

Com­ment peut-on aider nos enfants à apprendre sans peur et à affron­ter les défis du monde actuel avec confiance et enthou­siasme ?

Dans cet objec­tif, je pense qu’il est urgent d’introduire la psy­cho­lo­gie dans les pro­grammes sco­laires. Psy­cho­lo­gie, com­prise comme l’étude du com­por­te­ment humain !

Deux rai­sons majeures à cela :

  1. Il faut permettre aux enfants « d’apprendre à se connaitre », c’est-à-dire :

  • Pou­voir iden­ti­fier ses émo­tions, les expri­mer et savoir agir en consé­quence

On sait aujourd’hui qu’un enfant qui a des dif­fi­cul­tés pour apprendre à des besoins non satis­faits qui font écran à sa capa­ci­té de pen­ser par lui-même.  Ce n’est pas un pro­blème d’intelligence !

Si Paul est l’objet de moque­ries de la part de ses cama­rades, à chaque fois qu’il prend la parole en classe, il est nor­mal qu’il en souffre et qu’il choi­sisse de se taire ! S’il apprend à expri­mer son res­sen­ti, en met­tant des mots sur son mal être, dans des temps pré­vus pour cela en classe, il se libé­re­ra et agi­ra pour que cette situa­tion incon­for­table s’arrête.

En appre­nant à se connec­ter à lui-même, il ne sera jamais vic­time de har­cè­le­ment et contac­te­ra le plai­sir consis­tant à « prendre du pou­voir sur sa vie ». En effet, avoir envie d’apprendre et être curieux des mys­tères de la vie sont les consé­quences natu­relles d’une telle libé­ra­tion.

Un enfant n’est pas un vase que l’on rem­plit de savoir. Même si cette idée est com­mu­né­ment admise aujourd’hui, on conti­nue d’enseigner de la même façon qu’au début du 20ième siècle. Les élèves en « décro­chage sco­laire » se voient pro­po­ser des cours de sou­tien, « un peu plus de la même chose » ! On sait que ça ne marche pas !

 

  • Déce­ler les croyances limi­tantes qui freinent ou empê­che­ment la réus­site :

Croyances sur soi-même : « Je ne suis pas intel­li­gent », « Je n’y arri­ve­rai jamais », « Si je n’y arrive pas tout de suite, je suis bête », ou croyances sur les autres « ils sont meilleurs que moi… », « j’ai peur de déce­voir mes parents. », « Je ne suis pas à la hau­teur »

Toutes ces croyances forment un obs­tacle à l’engagement de l’enfant dans les appren­tis­sages.

Une fois dis­pa­rues, les com­por­te­ments d’agitation, de pro­vo­ca­tion, de pas­si­vi­té, construit comme des rem­parts à l’angoisse, cessent !

Ces savoirs peuvent s’apprendre à l’école  – voir le pro­gramme « Bien Vivre Ensemble »

 

2. Il faut apprendre aux enfants à coopérer avec les autres

Il y aurait ceux qui réus­sissent et ceux qui ratent leur vie, les doués et les pas doués, les bons et les inca­pables ?Cette concep­tion est absurde. Elle crée une socié­té ou l’exclusion s’intensifie, alors que la com­plé­men­ta­ri­té de tous repré­sente une immense richesse.

Les entre­prises d’aujourd’hui demandent à ce que les per­sonnes sachent tra­vailler en équipe. Alors pour­quoi n’apprend-on pas à tra­vailler ensemble dans nos écoles ?

              

                                              « Ras le bol du cha­cun pour soi ! »

                              Appre­nons à nos enfants à vivre ensemble et à coopé­rer

 

Le col­lec­tif est une incroyable oppor­tu­ni­té de faire des choses qu’on est inca­pable de faire seul ; L’autre repré­sente une chance, un enri­chis­se­ment pour se déve­lop­per plei­ne­ment et en plus, faire ensemble nous rend heu­reux !

L’expérience des réseaux d’échanges de savoir crée par Claire Hebert Suf­frin, ins­ti­tu­trice dans les années 70, a lar­ge­ment démon­tré les effets posi­tifs de ce dis­po­si­tif péda­go­gique, facile à mettre en place, sur la réus­site des enfants. On apprend mieux quand on coopère avec les autres !

Pour résu­mer, nous avons la chance aujourd’hui de béné­fi­cier de décou­vertes et d’expérimentations réa­li­sées au début du siècle der­nier, dans le domaine des sciences humaines. On sait trans­mettre ses connais­sances qui faci­litent « le bien vivre ensemble ».

  • La connais­sance de soi
  • La ges­tion des conflits
  • La com­mu­ni­ca­tion non vio­lente
  • La régu­la­tion de groupe pour prendre sa juste place…

Nous devons abso­lu­ment endi­guer cette course folle ou beau­coup de per­sonnes se perdent aujourd’hui au détri­ment de leur san­té, de leur bon­heur et du sens pro­fond de leur vie.

Sim­ple­ment pour ne pas avoir pris le temps de s’écouter, de se ren­con­trer….

Ne fer­mons plus les yeux sur une réa­li­té qui entrave le déve­lop­pe­ment d’un grand nombre d’enfants, tous poten­tiel­le­ment appe­lé à deve­nir des génies, comme nous le rap­pe­lait Albert Jac­quart !

Pour cela, Rejoi­gnez-nous et dif­fu­sez lar­ge­ment notre pro­jet « Bien Vivre Ensemble » !

(https://​edu​cat​.fr/​#​b​i​e​n​v​i​vre)

L’association Educ’AT tra­vaille depuis un an, dans un col­lège public de 600 élèves avec les pro­fes­seurs et les parents réunis, les résul­tats sont déjà visibles. Notre sou­hait est de faire connaitre ce dis­po­si­tif, et de le trans­mettre à d’autres éta­blis­se­ments afin que le plus grand nombre d’enfants en béné­fi­cient.

                                                              Mer­ci de nous aider à dif­fu­ser ce mes­sage !

Marie-Pierre Les­cure, psy­cho­pé­da­gogue.

La punition est- elle incontournable en éducation ?

Il m’est arri­vé d’observer des enfants qui, une fois la bêtise faite, se met­taient au coin tous seuls … puis recom­men­çaient aus­si vite une fois la sanc­tion levée. Comme si la puni­tion effa­çait tout et qu’ils pou­vaient reprendre leurs acti­vi­tés comme si de rien n’était ! Rien de très édu­ca­tif dans cette démarche.

A quoi sert la punition ?

Skin­ner (1) , fon­da­teur du béha­vio­risme radi­cal disait ceci à pro­pos de la puni­tion : « La puni­tion n’apprend qu’une chose : à évi­ter la puni­tion ». Beau­coup de tenants de la puni­tion se réclament des théo­ries beha­vio­ristes et disent qu’un com­por­te­ment sou­hai­té doit être ren­for­cé posi­ti­ve­ment jusqu’à ce qu’il soit acquis et qu’un com­por­te­ment non sou­hai­té doit être ren­for­cé néga­ti­ve­ment jusqu’à ce qu’il dis­pa­raisse. C’est sans doute vrai pour les rats (et encore les expé­riences et l’évolution natu­relle semblent mon­trer que non), mais pas du tout pour les êtres humains !

Quelles sont les conséquences de la punition ?

« La carotte et le bâton sont des sti­mu­lants per­sua­sifs et fré­quem­ment uti­li­sés. Mais trai­tez les gens comme des ânes et ils se com­por­te­ront comme des ânes … » John Whit­more.

Uti­li­ser puni­tion et récom­pense est effi­cace … à court terme. Mais lorsque je punis ou je récom­pense, je condi­tionne … et j’apprends à l’enfant (ou à l’adulte) à réagir en fonc­tion de son envie de la récom­pense ou de sa peur de la puni­tion. Je lui apprends donc à rai­son­ner par rap­port à lui-même, par rap­port à ses envies propres, non par rap­port à son impact sur les autres, ni aux consé­quences glo­bales de ses actes …
Skin­ner affir­mait éga­le­ment que les puni­tions pro­dui­saient trois effets : la fuite (évi­te­ment, absence), la contre-attaque (van­da­lisme et agres­sion), l’apathie.

Que dire des enfants qui contestent la punition ?

Ceux qui refusent d’aller au coin, en sortent vite fait, ceux qui râlent et pestent, voir se rebellent ver­te­ment contre la puni­tion, genre « c’est pas juste ! » ou qui rejettent la faute sur les autres – « c’est pas moi, c’est lui !».
Les ate­liers « Par­ler pour que les enfants écoutent, écou­ter pour qu’ils parlent », disent à pro­pos de la puni­tion :
« La puni­tion ne décou­rage pas l’inconduite. Elle ne fait que rendre le cou­pable plus pru­dent dans l’accomplissement de ses crimes, plus adroit à dis­si­mu­ler ses traces, plus habile à évi­ter qu’on le détecte. Quand un enfant est puni, il prend la réso­lu­tion de deve­nir plus pru­dent, non celle de deve­nir plus hon­nête et plus res­pon­sable. »

Dans quel but je punis ?

Quand on punit, c’est géné­ra­le­ment dans une inten­tion édu­ca­tive, c’est-à-dire que l’on veut que son enfant com­prenne que telle ou telle com­por­te­ment n’est pas accep­table pour soi ou dans un cadre bien pré­cis. On ne sou­haite pas qu’il com­mence à nous men­tir.
Or, tout se passe comme si la puni­tion en elle-même détour­nait l’attention de l’enfant du pro­ces­sus de réflexion sur l’acte com­mis. L’enfant se met à se rebel­ler contre celui qui le punit, le jugeant injuste. Il com­mence alors à cher­cher com­ment évi­ter d’être puni plu­tôt qu’à évi­ter de faire ce qui lui a valu la puni­tion …

Cette cita­tion de Chris­tophe André résume bien les choses en disant :
« La puni­tion sert (éven­tuel­le­ment) au main­tien de l’ordre, non à créer une ambiance psy­cho­lo­gique de moti­va­tion au chan­ge­ment per­son­nel.»

Alors que ce que l’on cherche géné­ra­le­ment, c’est à pro­vo­quer un chan­ge­ment chez l’enfant : on a envie qu’il com­prenne que son com­por­te­ment n’est pas accep­table dans ce contexte, qu’il intègre un cer­tain nombre de valeurs (ordre, poli­tesse, res­pect, non-vio­lence, …).
Mais si on le punit, on fait res­pec­ter sa concep­tion de l’ordre et on ne le met pas dans une dyna­mique de chan­ge­ment et de réflexion sur son com­por­te­ment.

Comment faire sans punition ni récompense ?

Toute la ques­tion est alors (non plus de contraindre) mais d’influen­cer posi­ti­ve­ment, de don­ner envie, de sus­ci­ter le chan­ge­ment chez l’enfant.
Nous devons alors savoir appré­cier, don­ner des retours posi­tifs, savoir encou­ra­ger, réflé­chir à com­ment on fait pas­ser son mes­sage plu­tôt que de res­ter sur ses posi­tions, com­prendre, se mettre à la por­tée …

Un autre point impor­tant est de sen­si­bi­li­ser l’enfant aux consé­quences de ses actes sur les autres. Cela revient à sti­mu­ler son empa­thie. Se mettre à la place de l’autre. Cette com­pé­tence innée, mise à mal par la socié­té de consom­ma­tion et de com­pé­ti­tion dans laquelle on vit, pro­duit aujourd’hui bien des dérives, géné­ra­trice de dys­fonc­tion­ne­ment entre les per­sonnes. L’indifférence à la souf­france de l’autre, le manque d’attention, l’égoïsme…
Recon­nec­ter, son empa­thie, réflé­chir et poser des « actes répa­ra­teurs » pour com­pen­ser le malaise pro­duit… une autre façon d’envisager l’acte édu­ca­tif.
A méditer…le tra­vail en ce sens demande à être appro­fon­di, enri­chi par les expé­riences de tous. N’hésitez pas à par­ta­ger vos propres réflexions et pra­tiques sur ce sujet.

 

[1] Skin­ner est le fon­da­teur d’une théo­rie( le beha­vio­risme radi­cal) qui pense que les com­por­te­ments humains peuvent être modi­fiés par la répé­ti­tion de sti­mu­lus posi­tifs ou néga­tifs.

Pho­to via Visual Hunt

L’empathie… une compétence à développer dans l’intérêt général

Un cher­cheur ita­lien, Gia­co­mo Riz­zo­lat­ti a décou­vert en 1996, l’existence de neu­rones miroirs dans notre cer­veau. Grâce à eux, nous serions capables d’éprouver de l’empathie, c’est à dire « de se mettre dans la peau de l’autre », en imi­tant ce qu’il fait, ou « de res­sen­tir ce qu’il peut res­sen­tir ».

Nous savons aujourd’hui qu’un bébé âgé de 18 mois, exprime sans appren­tis­sage ni récom­pense, cette com­pé­tence, en venant par exemple, aider spon­ta­né­ment une per­sonne qu’il voit en dif­fi­cul­té.

Cepen­dant, il semble que l’éducation puisse alté­rer ou ren­for­cer cette capa­ci­té rela­tion­nelle, qui repré­sente pour tous au début de la vie, un moyen d’apprentissage remar­quable basé sur l’imitation et la per­cep­tion des inten­tions de l’autre.

On sait par exemple, que les per­sonnes qua­li­fiées de psy­cho­pathes sont capables de faire le mal autour d’eux, de faire souf­frir leurs vic­times sans que cela déclenche en eux le moindre sen­ti­ment pénible. Ils sont insen­sibles à la souf­france expri­mée par l’autre. Leurs neu­rones miroirs semblent ne plus être actifs !

Pour prendre un exemple plus cou­rant, comme le har­cè­le­ment sco­laire, j’affirme que celui-ci ne se pro­dui­rait pas si le per­sé­cu­teur et les témoins étaient en contact avec leur res­sen­ti. S’ils éprou­vaient plus d’empathie pour la vic­time.

Je vous rela­te­rai ici une expé­rience qui s’est dérou­lée sur une heure avec 24 enfants de sixième. J’avais été invi­té à inter­ve­nir, dans le cadre du pro­jet « Bien vivre ensemble » au col­lège d’Epernon, à la demande des pro­fes­seurs de la classe. En effet, nous nous appro­chions de la fin de l’année sco­laire et l’ambiance était de plus en plus délé­tère entre les élèves. Des insultes, des moque­ries orien­tées plus spé­cia­le­ment vers quelques boucs émis­saires, sem­blaient faire par­tie du quo­ti­dien de ce groupe.

Après avoir posé les règles néces­saires à la régu­la­tion, pro­tec­trices de cha­cun, je don­nais la parole aux jeunes en les invi­tant à expri­mer ce qu’ils res­sen­taient. Le silence du début de réunion fut bri­sé par le témoi­gnage de plu­sieurs élèves qui réus­sirent à par­ler de leurs souf­frances au quo­ti­dien, les larmes aux yeux ou la voix trem­blante d’émotions. L’attention du groupe était intense. Pas d’accusation, juste une expres­sion de souf­france indi­vi­duelle.

Plu­sieurs élèves bais­saient la tête, visi­ble­ment gênés d’entendre ce qu’ils enten­daient, sur­pris par tant d’authenticité. Les insultes et per­sé­cu­tions s’arrêtèrent spon­ta­né­ment dans les semaines sui­vant la réunion.

Aucune résolution de conflit, de règles de morales dispensées…rien qu’une écoute empathique de la souffrance de l’autre.

Le XXIe siècle sera un siècle de pro­grès néces­saire à notre évo­lu­tion, et selon cer­tains dires, à notre sur­vie. Ce pro­grès pas­se­ra davan­tage par une amé­lio­ra­tion des rap­ports humains vers plus d’humanité, que par une évo­lu­tion maté­rielle.

Pour cela, il faut per­mettre aux jeunes d’aujourd’hui de déve­lop­per leur empa­thie, ce qui repré­sen­te­ra un atout fon­da­men­tal dans cette recherche d’un « bien vivre ensemble ».

Pour cela quelques conseils, sachant que vos enfants s’inspireront de vos propres pra­tiques ( ce qui est déjà un signe d’empathie)

  • Pre­nez le temps d’écouter vos enfants, sans cher­cher trop vite à par­ta­ger vos propres expé­riences. Evi­ter de leur cou­per la parole.
  • Expri­mer vos res­sen­tis sur telle ou telle expé­rience et invi­tez vos enfants à le faire éga­le­ment, sans faire de remarque du type : « Mais non, il ne faut pas res­sen­tir ça ! »
  • En cas de désac­cord, essayer de vous mettre à la place de votre enfant. Que feriez-vous dans une telle situa­tion si vous aviez son âge ? Com­ment pou­vez-vous com­prendre sa réac­tion ?
  • Étei­gnez votre télé­phone por­table et vos écrans quand vous par­ta­gez un moment en famille. Rien n’est plus impor­tant à ce moment-là que la qua­li­té de pré­sence dont vous sau­rez faire-part.
  • Com­pa­tis­sez si votre enfant exprime une dou­leur. Exemple : Jus­tine est tom­bée, son papa accourt et lui dit « ah, oh que ça doit faire mal, aïe, aïe, aïe…..ma pauvre ché­rie ! »
  • Mon­trez leur l’exemple en étant atten­tif aux autres, prêts à aider votre pro­chain et/ou à par­ta­ger avec les plus dému­nis.

 

Les neu­rones miroirs peuvent être réac­ti­vés, sti­mu­lés… la qua­li­té des rela­tions que nous avons les uns avec les autres s’en sera que meilleure ! Alors entraî­nons nous et entraî­nons nos enfants à « regar­der » les autres.

 

Pho­to by Joshua Clay on Uns­plash

« Fais ce que je dis, mais ne fais pas ce que je fais ! »

Ce prin­cipe d’éducation ne fonc­tionne pas ! Les enfants ont besoin de cohé­rence et de modèles pour s’en ins­pi­rer.
Si nous encou­ra­geons nos chères « têtes blondes » à s’engager dans leurs appren­tis­sages, en fai­sant preuve de curio­si­té et de per­sé­vé­rance, deman­dons-nous si le modèle que nous leur don­nons est en réson­nance avec nos pro­pos.

Apprendre à tout âge ? 

On dit qu’il est plus facile d’apprendre quand on est enfant qu’à l’âge adulte.

C’est exact, la plas­ti­ci­té neu­ro­nale d’un enfant est extra­or­di­naire. Nous nais­sons avec un cer­veau com­po­sé de 100 mil­liards de neu­rones, capables d’envoyer des mil­liers de connexions vers d’autres cel­lules.

Un jeune enfant par exemple, en contact dans son envi­ron­ne­ment proche avec 5 ou 6 per­sonnes s’exprimant dans des langues dif­fé­rentes serait capable de les apprendre, sans effort, uni­que­ment par impré­gna­tion. Cela fait rêver !

Ce poten­tiel dimi­nue avec l’âge…

 

Une histoire d’environnement

Cepen­dant, on sait aujourd’hui, contrai­re­ment à ce qu’on pen­sait encore au milieu du siècle der­nier, que la pro­duc­tion de neu­rones (cel­lules du cer­veau) ne s’arrête jamais.

Des études ont mon­tré que cette capa­ci­té pou­vait dimi­nuer voire dis­pa­raitre selon l’environnement, en par­ti­cu­lier en cas de stress. Au contraire dans un envi­ron­ne­ment adap­té, la neu­ro­gé­nèse a été mul­ti­plié par trois en quelques semaines, dans le cadre d’une expé­rience menée en labo­ra­toire avec des sou­ris.

 

Rete­nons cette méta­phore :

Les abeilles naissent toutes iden­tiques. La dif­fé­rence entre une reine et une abeille ouvrière est uni­que­ment son ali­men­ta­tion. A par­tir du troi­sième jour, la reine est nour­rie exclu­si­ve­ment de gelée royale !

Le cer­veau a donc besoin de « nour­ri­ture », de sti­mu­la­tions, de pos­sibles explo­ra­tions.

Autre exemple, plus proche de notre réa­li­té : ce qui dif­fé­ren­ciait Ein­stein d’un homme ordi­naire, c’est qu’il res­sen­tait une hor­reur abso­lue à l’idée de ne pas com­prendre. « Il com­pre­nait qu’il ne com­pre­nait pas, et fai­sait tout pour com­prendre, et par­fois cela pou­vait être long… » [1]

 

Changer nos croyances

Forts de cette infor­ma­tion, nous pou­vons affir­mer que ce qui dimi­nue le plus avec l’âge, n’est pas la capa­ci­té de notre cer­veau d’apprendre, mais l’usage qu’on en fait.

C’est pour cette rai­son que l’école devrait nous per­mettre d’apprendre à apprendre, pour ensuite entre­te­nir cette acti­vi­té toute notre vie.

 

 Comment faire ?

Retrou­ver notre soif d’apprendre et de com­prendre
Le cer­veau se nour­rit de chan­ge­ment, nous devons retrou­ver cette soif  pré­sente en cha­cun de nous, sou­vent inhi­bée par des croyances erro­nées.

Par exemple, consa­crer une « heure d’apprentissage » heb­do­ma­daire à une acti­vi­té que l’on ne connait pas, mais qui nous fait envie. Cela peut être le des­sin, le fla­men­co ou la pra­tique d’un ins­tru­ment de musique : dans tous les cas, vous allez sol­li­ci­ter votre cer­veau d’une manière dif­fé­rente et déve­lop­per de nou­veaux réflexes. Cela amène direc­te­ment au second prin­cipe :

 

Culti­ver son enthou­siasme
Ce mot vient du grec qui veut dire « Trans­port divin, être ins­pi­ré des dieux » ; Un jeune enfant a des crises d’enthousiasme toutes les minutes ! C’est comme cela qu’il est pous­sé à décou­vrir le monde. Res­sen­tir de l’enthousiasme pour une décou­verte, un nou­vel appren­tis­sage, favo­rise incon­tes­ta­ble­ment nos facul­tés d’apprendre.


Entre­te­nir sa curio­si­té
Se deman­der “pour­quoi” ? Les enfants sont insa­tiables sur ce ter­rain. Tout les inté­resse et les ques­tionne. C’est comme ça qu’ils apprennent. Mais c’est aus­si vrai pour les adultes.
 Lut­ter contre « l’infobésité »

Le sys­tème numé­rique dans lequel nous bai­gnons entraîne une ava­lanche d’informations. Trop selon les spé­cia­listes de la plas­ti­ci­té du cer­veau. « L’information qui nous fait savoir est abso­lu­ment délé­tère, et n’incite pas le cer­veau à pro­duire de nou­veaux neu­rones. Au contraire, ce der­nier bom­bar­dé d’informations, est alors condam­né à l’anxiété »

Concrè­te­ment, il est indis­pen­sable de trier cette infor­ma­tion : choi­sir l’utile, celle qui nous fait com­prendre, et se débar­ras­ser de la futile, celle qui nous fait juste savoir.

 

Culti­ver l’altérité

Cer­taines par­ties de notre cer­veau ne sont enga­gées que lorsque nous sommes en rela­tion avec les autres. C’est ce que cer­tains scien­ti­fiques appellent « le cer­veau social ». Plus on cultive l’altérité, plus on soigne son cer­veau qui sera alors enclin à pro­duire plus de neu­rones. Je vous ren­voie à ce pro­pos aux tra­vaux effec­tués par Claire Hébert Suf­frin[2], concer­nant les réseaux d’échanges de savoirs.

En conclu­sion, si vous sou­hai­tez aider votre enfant à apprendre, mon­trez-lui le che­min en étant un adulte que la soif de décou­vrir et d’apprendre rend heu­reux !

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[1] Inter­view d’Albert Jac­quart « l’intelligence ».  https://m.youtube.com

[2] Claire Hébert Suf­frin, « Parier sur la réci­pro­ci­té : vivre la soli­da­ri­té », 2011, chro­nique sociale.

 

Pho­to by Nale­tu on Uns­plash

Et si l’on arrêtait d’avoir peur ?

Nos enfants ont repris le chemin de l’école…  C’est avec une petite histoire vécue lors d’une consultation familiale, que je souhaite partager avec vous une réflexion sur l’éducation.      

« Kevin arrive à mon cabi­net avec ses parents pour un pro­blème de bégaie­ment qui les inquiète depuis long­temps et pour lequel l’école leur a conseillé de consul­ter. Kevin est âgé de 6 ans et sa mère pré­cise d’emblée qu’elle se demande s’il n’y a pas un fac­teur héré­di­taire, parce que le frère de son mari souffre du même défaut d’élocution. Les parents racontent ensuite qu’ils crai­gnaient que Kevin ne soit atteint du même pro­blème et qu’ils ont été affo­lés de consta­ter dès les pre­miers bal­bu­tie­ments du bébé que le pro­blème sem­blait être pré­sent.

On peut ima­gi­ner la scène : alors que le bam­bin com­mence à faire ses pre­miers « b-a-ba », des redou­ble­ments sont inévi­tables du genre « baba­ba ». Pour toute la majo­ri­té des parents, cela ne sus­cite aucune inquié­tude, puisque ce com­por­te­ment leur parait tout à fait nor­mal chez un bébé. Pour les parents de Kevin, au contraire, la ques­tion se pose vite : « serait-il bègue comme son oncle ? ».

A par­tir de ce moment, on va essayer de faire répé­ter l’enfant en insis­tant pour qu’il ne fasse pas de répé­ti­tions outran­cières. Par là même, on com­mence à sélec­tion­ner un com­por­te­ment qui ira en s’amplifiant puisque l’enfant réa­li­se­ra assez rapi­de­ment que ses parents sont très inquiets chaque fois qu’il se met à par­ler. Cette inquié­tude favo­ri­se­ra les redou­ble­ments, et le bégaie­ment a de bonnes chances de s’installer.

« Quand on se fixe sur le symp­tôme, on contri­bue à fixer le symp­tôme. »

Extrait du  livre « Pour une édu­ca­tion apai­sée »ed. Chro­nique sociale

Cet exemple montre com­bien les enfants sont sen­sibles à nos états émo­tion­nels. Ils res­sentent nos inquié­tudes, et cela para­site leur évo­lu­tion.  C’est pour­quoi, nos « inter­ven­tions inquiètes » concer­nant les devoirs à la mai­son sont sus­cep­tibles de pro­vo­quer ou d’accentuer un pro­blème, là où il n’y avait au départ qu’une dif­fi­cul­té nor­male d’apprentissage.

La façon dont vous abor­de­rez le sui­vi sco­laire est capi­tale.

  • Regar­dez vos enfants comme des « génies poten­tiels », comme le pré­co­ni­sait Albert Jac­quart. Leurs com­pé­tences pour apprendre sont extra­or­di­naires. Si des dif­fi­cul­tés se pré­sentent, cal­mez-vous, ne vous éner­vez pas, ne dépri­mez pas, et recher­cher les causes si elles per­sistent.
  • Ne stres­sez pas en pen­sant à leur ave­nir, ni en culti­vant des pen­sées du genre » il a des dif­fi­cul­tés pour apprendre, il va échouer à l’école et ne trou­ve­ra pas d’emploi plus tard »
  • Comme l’article de la semaine der­nière vous y invi­tait, valo­ri­sez davan­tage son enga­ge­ment dans la recherche de solu­tions, source de pro­grès assu­rés, plu­tôt que « son intel­li­gence »
  • Délé­guez « l’aide aux devoirs » si vous sen­tez que cette tâche vous met dans un état de stress impor­tant. Je vous rap­pelle à cet endroit que vous pou­vez inci­ter vos enfants à se relier à leurs cama­rades pour apprendre ensemble, se sou­te­nir, cher­cher des solu­tions.

Deman­dez-vous…

Quelle est votre pos­ture paren­tale ? Avez-vous peur, depuis le début de la sco­la­ri­té de votre enfant, qu’il ne réus­sisse pas ? Avez-vous confiance dans ces capa­ci­tés d’adaptation et de déve­lop­pe­ment ?

Regar­dez-le avec confiance et vous lui per­met­trez de construire une bonne estime de lui-même. Alors, il pour­ra sur­mon­ter sa dif­fé­rence et réus­sir à sa mesure.

Si vous n’y arri­vez pas, occu­pez-vous de vos peurs et vous allé­ge­rez celles de votre enfant !

 

 

Pho­to by Annie Spratt on Uns­plash

Marie-Pierre Lescure, Pour une éducation apaisée, Editions Chronique Sociale

Quelques mots sur mon livre : « Pour une éducation apaisée »

Un che­min à par­cou­rir en deux par­ties :

La pre­mière par­tie du livre est consa­crée aux dif­fé­rentes ori­gines de la peur. La seconde, pré­sente et ana­lyse 30 sujets d’éducation qui pré­oc­cupent les familles. Leur choix a été déter­mi­né par la fré­quence d’apparition de ces thé­ma­tiques dans les groupes de paroles que j’anime, ou lors de consul­ta­tions à mon cabi­net. Leur pré­sen­ta­tion est l’occasion de cher­cher le sens de la pro­blé­ma­tique expo­sée, de don­ner de l’information et d’entrevoir des options de chan­ge­ment. Il n’y a pas de réponse type, de solu­tion toute faite. Cer­tains ouvrages tendent à le faire croire, mais il s’agit plus d’un argu­ment com­mer­cial que d’une réa­li­té. Le véri­table chan­ge­ment passe tou­jours par nous, l’information n’en est que le point de départ. Je vous encou­rage tout au long de ce livre, à vous appro­prier les élé­ments théo­riques, ain­si que les illus­tra­tions qui vous touchent, afin de créer vos propres réponses.

Je suis avant tout prag­ma­tique et sou­haite que ce livre soit utile et concret. Pour cela, vous y trou­ve­rez des infor­ma­tions actua­li­sées, des récits d’expériences per­son­nelles et pro­fes­sion­nelles, des contes, des méta­phores et tout ce qui per­met­tra d’illustrer au mieux mes pro­pos. J’aime trans­mettre ce qui m’a aidé, ce que j’ai com­pris, même tar­di­ve­ment, alors que mes enfants étaient déjà grands. J’ai la convic­tion aujourd’hui, qu’il est impor­tant d’enseigner cer­tains prin­cipes uni­ver­sels liés à l’éducation et la connais­sance de soi, afin de faci­li­ter le dif­fi­cile exer­cice que repré­sente le « métier de parent. »

Pour éclai­rer « les cas concrets », je  com­mu­nique quelques points théo­riques qui ont ali­men­té ma réflexion de parent, et sou­te­nu mon déve­lop­pe­ment per­son­nel.

Enfin, des tests à réa­li­ser per­mettent de mettre à jour sa pos­ture paren­tale, point de départ d’un éven­tuel chan­ge­ment à construire : « Se trans­for­mer pour trans­for­mer le monde». (Pierre Rabhi). Plus nous gagne­rons en conscience, plus nous pré­pa­re­rons nos enfants à se res­pec­ter et à res­pec­ter les autres. Notre mis­sion de parent doit per­mettre à nos fils et à nos filles de gran­dir dans l’enthousiasme d’une socié­té à inven­ter. Ils seront alors prêts à effec­tuer ce pas­sage, capables d’affronter l’inconnu du chan­ge­ment, avec confiance et séré­ni­té.

Bonne lec­ture ! n’hésitez pas à me faire vos com­men­taires, j’en serais très heu­reuse !

Le livre est dis­po­nible à la FNAC et enligne sur le site de l’éditeur : Chro­nique Sociale