Hyperactivité ? Mal du siècle ?

Je trouve ce court métrage sur l’hyperactivité créé par Adrien Hon­nons !  très inté­res­sant.

Il décrit bien la détresse des enfants qui en sont atteints. Ils sont sou­vent reje­tés et consi­dé­rés comme indé­si­rables dans l’institution sco­laire. Leur com­por­te­ment agi­té mais aus­si les dif­fi­cul­tés de concen­tra­tion qui en découlent rendent dif­fi­ciles les pre­miers appren­tis­sages.  L’échec sco­laire peut poindre son nez dès le cours pré­pa­ra­toire.

D’autre part, les enfants hyper­ac­tifs sus­citent sou­vent l’agacement et la colère de l’entourage, ce qui ne fait qu’augmenter leur niveau de stress .

La Rita­line est alors sou­vent poin­tée comme le remède miracle à ce type de pro­blé­ma­tique. J’aime la posi­tion nuan­cée qui est adop­tée à ce sujet dans cette pré­sen­ta­tion.

Un cadre clair, pro­tec­teur, apai­sé serait l’option la plus favo­rable à une inter­ven­tion durable et réso­lu­toire. Je par­tage tout à fait cette posi­tion.

Je com­plé­te­rai cet apport par une réflexion per­son­nelle et appro­fon­die sur l’hyperactivité. ( tiré de mon livre «  Pour une édu­ca­tion apai­sée »)

 

Hyper­ac­ti­vi­té ? Mal du siècle ?

Pour com­men­cer cette pré­sen­ta­tion, je pren­drais un exemple tiré de ma pra­tique de psy­cho­pé­da­gogue :

Rémi est un gen­til gar­çon de 14 ans, poli et réser­vé. Il écoute patiem­ment ses parents par­ler de « son pro­blème ». Leur inquié­tude ne se dis­si­mule pas.  Ils ne savent plus quoi faire, parlent d’impuissance à se faire entendre par leur fils. « L’école c’est impor­tant », « il faut que tu sois sérieux et atten­tif », « quand vas-tu com­prendre ? » Une cer­taine agi­ta­tion emplit la pièce. Visi­ble­ment le couple n’est pas d’accord sur les inter­ven­tions à adop­ter.  Le père a quit­té l’école après la troi­sième, classe dans laquelle se trouve actuel­le­ment son fils. Il exprime à demi-mots que cela ne l’a pas empê­ché de réus­sir. J’entends de sa part, une cer­taine « per­mis­sion » don­née à Rémi de ne pas réus­sir ses études. La mère quant à elle, semble regret­ter le manque d’autorité de son mari, qu’elle qua­li­fie de « père copain ».

Ils évoquent ensemble la visite d’un méde­cin géné­ra­liste qui a conseillé la pres­crip­tion d’un médi­ca­ment « effi­cace » contre l’agitation de Rémi : la Rita­line. Cepen­dant, l’idée de « dro­guer » leur fils ne leur convient pas. C’est pour cette rai­son qu’ils viennent me voir aujourd’hui…. Espé­rant avoir quelques recettes « rapides et effi­caces » à pou­voir mettre en œuvre.

 Seule avec Rémi, je l’écoute par­ler de « son pro­blème » ; Il se pré­sente spon­ta­né­ment comme « hyper­ac­tif. » Un terme dont il ne sau­ra pas me don­ner le sens mais qui, pour lui, jus­ti­fie ses dif­fi­cul­tés à l’école. Quand je dis jus­ti­fie, c’est à bon escient. En effet, une telle qua­li­fi­ca­tion peut ser­vir de bou­clier pour la durée de la sco­la­ri­té. « Je ne peux pas réus­sir car je suis hyper­ac­tif… ».

Je suis aujourd’hui convain­cue que la qua­li­fi­ca­tion du symp­tôme a une influence sur l’apparition ou le main­tien de celui-ci. J’observai Rémi durant notre entre­tien. Il était calme et posé. Aucun signe d’agitation et une capa­ci­té à s’exprimer clai­re­ment. Quelle serait donc cette hyper acti­vi­té qui choi­si­rait ses lieux d’expression ?

Un peu d’histoire :

Depuis quelques années, on assiste à une infla­tion du diag­nos­tic d’hyperactivité, alors que ce terme était incon­nu il y a 10 ans.  Le 13 février 2015, la Haute Auto­ri­té de San­té (HAS) a ren­du publique un rap­port inci­tant les méde­cins à recon­naitre et uti­li­ser le diag­nos­tic d’hyperactivité.  Le terme exact employé devient alors : « Trouble Défi­ci­taire de l’Attention avec ou non Hyper­ac­ti­vi­té ». (TDAH)

A par­tir de cette vali­da­tion aux Etats Unis, en Aus­tra­lie, au Cana­da, le nombre des cas diag­nos­ti­qués s’est déve­lop­pé consi­dé­ra­ble­ment. Il faut savoir que les cam­pagnes de pro­mo­tions appe­lant au diag­nos­tic et au dépis­tage de l’hyperactivité sont finan­cées par les labo­ra­toires qui pro­duisent la Rita­line ! Nous assis­tons à une véri­table opé­ra­tion de mani­pu­la­tion média­tique, avec de géné­reuses retom­bées finan­cières. Aux Etats-Unis, le chiffre d’affaire des médi­ca­ments ven­dus pour lut­ter contre le TDAH est pas­sé de 40 mil­lions de dol­lars il y a 20 ans à 10 mil­liards aujourd’hui ! Cela laisse son­geur !

La démons­tra­tion alors uti­li­sée est simple, basée sur une vision de la psy­chia­trie exclu­si­ve­ment bio­lo­gique qui repose sur trois prin­cipes :[1]

  1. Tout com­por­te­ment hors norme est un trouble psy­chia­trique.
  2. Tout trouble psy­cho­lo­gique est d’origine céré­brale et est dû à un dés­équi­libre chi­mique.
  3. Il faut répa­rer ce dés­équi­libre grâce à un médi­ca­ment.

Cette approche s’inscrit dans un désir de solu­tions rapides. L’origine céré­brale décul­pa­bi­lise. L’utilisation du médi­ca­ment per­met de mas­quer les res­pon­sa­bi­li­tés poli­tiques, sociales, péda­go­giques, édu­ca­tives et fami­liales. Tout est fait pour endoc­tri­ner le public afin qu’il adhère à cette « psy­chia­trie bio­lo­gique » et qu’il devienne cap­tif et consom­ma­teur.

J’invite inces­sam­ment les parents à reprendre confiance en eux et en leur(s) enfant(s). Le TDAH est une construc­tion sociale. Le symp­tôme existe, les ensei­gnants sont les pre­miers à le consta­ter, mais de là à l’ériger en mala­die, une vraie réflexion s’impose. La Rita­line est un médi­ca­ment qui fait par­tie de la famille des amphé­ta­mines, et dont les effets sont assi­mi­lables aux effets de l’alcool. Il peut y avoir un sou­la­ge­ment pro­vi­soire, mais pas de pro­ces­sus de gué­ri­son. Cer­tains méde­cins vont jusqu’à affir­mer, que si l’on ne dépiste pas le TDAH durant l’enfance, les ado­les­cents concer­nés ont de plus grands risques de deve­nir toxi­co­manes ! Autre­ment dit, on donne des amphé­ta­mines à un enfant de 7 ans pour évi­ter qu’il ne se drogue à 17 ans ?

 

Retrou­vons notre capa­ci­té de pen­ser par nous-même et fai­sons mar­cher notre bon sens !

 

La confiance en nos enfants doit pré­do­mi­ner sur la médi­ca­li­sa­tion des symp­tômes. Nos enfants sont nor­maux. Ils peuvent être per­tur­bés par un rythme tré­pi­dant qui les affecte, un stress omni­pré­sent à la mai­son, la peur d’échouer à l’école, une auto­ri­té paren­tale defec­tueuse…

Il ne s’agit d’accuser per­sonne, mais de pas­ser de la faute à la res­pon­sa­bi­li­té. L’analyse du pro­blème doit se faire en famille dans le cadre d’une thé­ra­pie si cela s’avère néces­saire, afin de décou­vrir les causes occa­sion­nant l’agitation de l’enfant. Il n’y a pas de règles uni­ver­selles et les ori­gines de cette mani­fes­ta­tion peuvent être mul­tiples.

Pour ne par­ler que d’une cause pos­sible à ce symp­tôme, j’évoquerai l’exposition pro­lon­gée des enfants aux écrans en tous genres. Une recherche appro­fon­die sur la ques­tion a été récem­ment réa­li­sée par la célèbre aca­dé­mie de pédia­trie aux USA. (Ame­ri­can Aca­de­my of pedia­trics en 2014). Elle indique aux parents 4 règles majeures à res­pec­ter :

  • Pros­crire la TV et les jeux vidéo de la chambre
  • Inter­dire les écrans aux enfants de moins de 2 ans
  • Etre tou­jours avec l’enfant quand il regarde la TV
  • Limi­ter le temps total d’exposition aux écrans (tous confon­dus) à 1 ou 2 heures par jour.

En appli­quant ces mesures simples, le taux d’hyperactivité bais­se­rait déjà immé­dia­te­ment chez beau­coup d’enfants. Le bon sens peut nous per­mettre d’accorder un cré­dit à cette pro­po­si­tion !  Un cadre posé contient l’enfant et lui per­met d’apprendre à faire des choix et à se concen­trer sur un objec­tif en sachant dire « NON », à ce qui pro­voque sa dis­per­sion. Sans oublier l’importance de l’activité phy­sique en plein air qui favo­rise, à tra­vers des plai­sirs sains et natu­rels, l’évacuation du sur­plus d’énergie dont les enfants dis­posent.

La famille de Rémi cher­chait des solu­tions rapides et je n’ai mal­heu­reu­se­ment pas pu pour­suivre le tra­vail avec eux. La posi­tion sou­vent contra­dic­toire qu’ils adop­taient, par­ti­ci­pait cer­tai­ne­ment en grande par­tie du symp­tôme de leur fils. Par exemple, à l’énoncé de ses résul­tats sco­laires insuf­fi­sants, la mère se disait « angois­sée » et le père « amu­sé » D’autre part, en dehors du cadre stric­te­ment fami­lial, l’échec vécu à l’école n’est jamais vécu serei­ne­ment.  Il pro­voque une alté­ra­tion de l’estime que l’enfant se porte et peut être com­pen­sé par une atti­tude agi­tée, pour se faire remar­quer ou tout sim­ple­ment pour pas­ser le temps, là où l’ennui s’installe. J’ai remar­qué éga­le­ment dans mes entre­tiens avec de jeunes ado­les­cents, l’impact crois­sant de la croyance sui­vante : « Je dois savoir immé­dia­te­ment », qui leur fait aban­don­ner tout effort dès l’apparition d’une dif­fi­cul­té, qui deman­de­rait sim­ple­ment un peu de per­sé­vé­rance pour être sur­mon­tée. Toutes ces pistes auraient pu être explo­rées avec Rémi, mais ses parents étaient en quête d’une solu­tion rapide ! Simi­li­tude trou­blante…

Pour conclure, je dirais que lorsqu’un enfant pré­sente un com­por­te­ment inadap­té, il existe de nom­breuses pistes à explo­rer avant de pas­ser à la médi­ca­tion !

 

L’hyperactivité n’est qu’un symp­tôme dont il faut trou­ver la cause.

 

Pour cela, une réflexion glo­bale sur l’environnement, les proches, l’histoire de la famille peut per­mettre de retrou­ver le calme et la séré­ni­té, indis­so­ciable de l’épanouissement de cha­cun.  Pour cela, il est néces­saire de trou­ver les zones d’insécurité de l’enfant, les apai­ser, afin qu’il reprenne tran­quille­ment le cours de sa vie. L’apport de la rita­line peut selon moi, se conce­voir dans cer­tains cas d’agitation extrême, dans l’esprit d’une tran­si­tion à accom­pa­gner,  jamais de façon durable !

 

 

[1] Patrick Land­man ,  Tous hyper­ac­tifs , Albin Michel, 2015

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