Apprendre sans peur…c’est plutôt naturel !

Apprendre sans peur…c’est plutôt naturel !

Il n’y a qu’à obser­ver un jeune enfant qui explore son envi­ron­ne­ment. Il peut inlas­sa­ble­ment répé­ter un geste, se rele­ver après une chute dix fois, vingt fois, rées­sayer jusqu’à ce qu’il arrive à vaincre la dif­fi­cul­té. S’il est lais­sé à son explo­ra­tion tran­quille, aucun pleur, aucun décou­ra­ge­ment ne seront per­cep­tibles. Juste une concen­tra­tion intense et l’envie d’atteindre son but.

Apprendre confronte l’enfant au vide, à l’incertitude. Il est rame­né à lui-même et sol­li­ci­té dans sa capa­ci­té à cher­cher avec confiance, des solu­tions au pro­blème qui se pose à lui.

Pour cela il a besoin de s’appuyer sur une sécu­ri­té interne et externe.

La sécurité externe concerne deux points essentiels

  1. La bien­veillance avec laquelle les adultes peuvent entou­rer les conduites d’apprentissage (intel­lec­tuelles, motrices…) de l’enfant

. Pas de cri­tiques humi­liantes « tu n’es même pas capable de faire une phrase cor­recte ! », d’agacement, parce qu’il ne com­prend pas tout de suite « alors…t’es bou­ché ou quoi, c’est pour­tant pas com­pli­qué ? », d’attentes « pour­vu que tu aies une bonne note à ce contrôle ! » de déva­lo­ri­sa­tions « quand je pense que ça fait trois fois que je te répète cette règle de gram­maire, t’as un pro­blème ! », de rejet « Je laisse tom­ber, tu ne com­prends rien ! », de règles rigides «  tu vas tra­vailler même si tu n’as rien à faire ! »

  1. Cela parle aus­si du cli­mat à ins­tau­rer dans une classe, afin que les enfants se res­pectent, s’encouragent, tra­vaillent ensemble dans des pro­ces­sus coopé­ra­tifs et non dans la com­pé­ti­tion et les moque­ries ; dans une fra­trie en veillant à ce que cha­cun ait sa place et soit enten­du.

La sécurité interne se construit lorsque les 5 principes suivants sont activés :

  1. Si l‘enfant a pu au cours de son déve­lop­pe­ment, faire ses expé­riences de décou­verte du monde, en étant encou­ra­gé à se « déta­cher » peu à peu de la rela­tion sym­bio­tique avec sa mère.

Dans le cas contraire, une édu­ca­tion sur­pro­tec­trice l’ empêche de se confron­ter à l’inconnu « laisse, tu ne sais pas le faire, je m’en occupe »,et  occa­sionne pro­ba­ble­ment un aban­don. L’enfant fera demi-tour devant l’épreuve qui se pré­sente à lui, car il pen­se­ra ne pas avoir les res­sources suf­fi­santes pour la sur­mon­ter.

  1. S’il a été encou­ra­gé à expri­mer son res­sen­ti, ses doutes, ses joies au tra­vers de ses expé­riences.

Mais, si par manque de temps, d’attention, de capa­ci­tés des parents à par­ler de leurs propres res­sen­tis, l’enfant n’est pas encou­ra­gé à mettre des mots sur sa vie inté­rieure. Il per­dra confiance en ses capa­ci­tés, se décen­tre­ra en s’adaptant à ce qu’il pense être bon pour lui, en se modé­li­sant sur les adultes qui l’entourent. Une absence de mots empêche la pen­sée de se struc­tu­rer. Or c’est une condi­tion essen­tielle au « bien apprendre »

  1. S’il a été valo­ri­sé pour ses suc­cès et conso­lé pour ses échecs

En d’autres termes, s’il a reçu assez d’amour de la part de ses parents, il se construi­ra un monde inté­rieur où il aura acquis les res­sources néces­saires pour s’encourager, se conso­ler lui-même face aux dif­fi­cul­tés de la vie.

  1. S’il a été conte­nu dans ses pul­sions par des règles pro­tec­trices bien­veillantes lui per­met­tant d’expérimenter la frus­tra­tion

A l’inverse, si l’éducation n’a pas su conte­nir les pul­sions de l’enfant, l’absence de tolé­rance à la frus­tra­tion pro­vo­que­ra un aban­don face à tout appren­tis­sage qui demande du temps, des règles à suivre, de la répé­ti­tion et une avan­cée lente par « essais erreurs ».

  1. S’il n’a jamais res­sen­ti de ter­reur face à ses parents ou autres figures d’autorité

Alors que dans le cas contraire, l’enfant risque d’être para­si­té par une mémoire trau­ma­tique. Ce point est sou­vent mécon­nu. Aujourd’hui, grâce aux tra­vaux de Muriel Sal­mo­na sur les consé­quences d’une mémoire trau­ma­tique, on sait qu’un stress intense, né de ter­reurs res­sen­ties par l’enfant (vio­lences phy­siques, ver­bales, aban­don…), pro­voque des modi­fi­ca­tions internes d’ordre bio­lo­giques et neu­ro­lo­giques, qui per­sistent au-delà du trau­ma­tisme. Les consé­quences peuvent se tra­duire par un hyper­con­trôle pou­vant créer un état d’agitation per­ma­nent, des troubles de l’attention, un seuil plus éle­vé de sen­si­bi­li­té à la dou­leur, des conduites à risques, des pra­tiques addictives…et cela pour toute la vie !

(Ras­su­rez-vous ! Il existe des tech­niques de libé­ra­tion des mémoires trau­ma­tiques, j’en par­le­rai plus pré­ci­sé­ment dans mon pro­chain article.)

 

En résu­mé, si ces points sont res­pec­tés ou res­tau­rés, l’enfant abor­de­ra le « risque d’apprendre » sans peur, gui­dé par un enthou­siasme qui le pous­se­ra natu­rel­le­ment à décou­vrir l’inconnu.

« La moti­va­tion à apprendre est comme une flamme, née avec le pre­mier souffle de la vie. On peut l’aviver en l’alimentant de com­bus­tible et d’oxygène (les encou­ra­ge­ments, la bien­veillance). On peut aus­si l’éteindre en la sou­met­tant à un trop grand vent (la contrainte) ou en l’arrosant avec de l’eau froide (la déva­lo­ri­sa­tion, la vio­lence) »

Marie-Pierre Les­cure, Pour une édu­ca­tion apai­sée, ed Chro­nique sociale.

 

 

 

Pho­to by Josh Apple­gate on Uns­plash

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